Un automne andalou

Cet article est le numéro 2 d'une série de 2 intitulée Andalousie 2014
Quand j’étais môme, il nous est arrivé plusieurs fois de passer des vacances dans le sud de l’Espagne, en Andalousie – généralement du côté de la Costa del Sol. Et, bien sûr, quand j’étais môme, les musées et autres bâtisses historiques me barbaient au plus haut point. Vingt ans plus tard, je découvre, à l’université, l’histoire de la région au travers d’un séminaire sur l’Espagne musulmane; encore vingt ans – ou peu s’en faut – et je cède enfin au désir de redécouvrir ces lieux qui m’avaient si peu intéressés enfant.

Autant le dire tout de suite: je n’ai rien reconnu – à quarante ans de distance, ce n’est pas très étonnant. Mais ce n’était pas le but, non plus. Par contre, j’ai découvert une panoplie de coins splendides – et d’autres réellement hideux. Il faut dire que notre périple avait pour but de nous faire découvrir un maximum de lieux et, partant de Malaga, nous avons visité Gibraltar, Séville, Cordoue et Grenade. en bus et en train. Et, dans ce cas, le voyage est souvent presque aussi intéressant que la destination.

Malaga est une ville surprenante, plus intéressante que je ne le pensais: j’imaginais un point de départ pour touristes, mais la ville en elle-même est assez peu touristique et dispose de quelques belles choses à voir, comme un château médiéval, un théâtre romain – toujours utilisé pour des représentations classiques – et surtout des ruelles très sympathiques.

Le côté moche et touristique, on y a eu droit le lendemain, sur la route. L’autobus passe par toutes les stations touristiques de la Costa del Sol, comme Marbella ou Torremolinos, et ce n’est pas beau à voir: boutiques standardisées, enseignes criardes, clonage à la chaîne d’habitations moches, stations balnéaires façon Disneyland. Dans certains bleds, on voit défiler des enfilades d’enseignes anglaises, hollandaises ou allemandes, sans la moindre indication qu’on est encore bien en Espagne.

Je me souviens avoir lu que le prince Saddrudin Aga Khan avait déclaré un jour que, de tous les « ismes » du monde, le tourisme était un des plus destructeurs; je ne sais pas si la citation est exacte, mais je ne suis pas loin de lui donner raison.

Le trajet a pour but de nous faire rallier Gibraltar (et non, il n’y a pas de train; j’ai vérifié). Les Espagnols étant des gens rancuniers, même trois siècles plus tard, aucun bus ne va directement à Gibraltar: les lignes s’arrêtent à La Linea de la Concepcíon, ville-frontière; à charge au malheureux voyageur de traverser lui-même la frontière et prendre le bus britannique de l’autre côté.

Gibraltar est une cité très bizarre, mélange entre Grande-Bretagne, Espagne et Afrique du nord. On y trouve donc des pubs britanniques, des estancos (marchands de tabac) ibériques et des mosquées; de même, la rue parle principalement un sabir fait d’anglais et espagnol, qui a même un nom: llanito.

Hormis des installations militaires historiques, ignorées par manque de temps, la principale attraction du lieu, c’est l’impressionnant « rocher » qui surplombe la ville, sa réserve naturelle et ses singes, qu’on peut atteindre par téléférique. À ce stade, ceux qui me connaissent vont assez facilement m’imaginer sur le plancher de la cabine, roulé en position fœtale et attendant que ça s’arrête; ils ne sont pas très loin de la réalité et, pour tout dire, si je suis bien monté avec le téléférique, je suis redescendu à pieds.

Pourquoi monter, me direz-vous? Eh bien pour aller voir les singes, les seules espèces indigènes (ou peu s’en faut) d’Europe – et leurs interactions avec les nombreux touristes qui ignorent un peu toutes les injonctions de sécurité de l’office du tourisme. Oui, le panorama est sympa aussi, mais j’y suis moins sensible. Ou plus. Bref.

La route entre La Linea et Séville s’est avérée plus longue – quatre heures de bus – mais paradoxalement plus sympa. La région est nettement moins touristique et il y a de très beaux paysages, notamment dans la région de Tarifa (paradis des kite-surfers, à première vue).

Donc, Séville. La ville est sympa, très sympa, même. On y trouve beaucoup de vélos, des chiens, des boutiques, des chiens, pleins de monuments historiques, des parcs, avec des chiens, des bars à tapas et vraiment, vraiment beaucoup de chiens. Vous aimez les chiens? C’est une ville étonnamment propre (malgré les chiens) et qui a une apparence de prospérité renforcée par des bâtiments souvent repeints à neuf, de couleurs vives.

Le centre-ville n’est clairement pas prévu pour les voitures et c’est tant mieux; il n’est pas non plus prévu pour des bus, ce qui est un peu le défaut du truc: on marche beaucoup. L’autre défaut, c’est que nous y restons sur un week-end et que  beaucoup de monuments et de musées sont fermés ou ouverts à des heures impossibles; d’autres, comme la cathédrale, sont juste pris d’assaut par les touristes. Nous parvenons tout de même à visiter l’impressionnant Alcazar qui, avant d’être un général de Tintin, est le château royal de la ville, hérité des dynasties maures.

Après trois jours à Séville, départ pour Cordoue, par train. Un peu moins d’une heure plus tard, nous arrivons dans l’ancienne capitale du Califat ibérique, aux IXe et Xe siècles. Ça a un peu changé depuis. À vrai dire, ma première impression de la ville elle-même est plutôt négative: beaucoup moins accueillante que Séville, plus orientée bagnoles. Les bus se fraient difficilement un passage dans les petites rues.

En fait, après une promenade dans la vieille ville, je révise quelque peu mon jugement: cette dernière est très sympa, entre le quartier juif et les petites rues autour de San Pedro. J’aime aussi beaucoup le bord du Guadalquivir et sa volée de petites îles près du pont romain, dont certaines soutiennent encore quelques ruines médiévales.

Niveau visite, les gros morceaux, ce sont la Mezquita, l’ancienne mosquée califale devenue cathédrale, mais qui a gardé une grande partie de son architecture intérieure, et l’Alcázar des Rois catholiques, grand palais médiéval entouré d’un jardin somptueux. Mention spéciale au tumulus romain, reconstitué sur la Paseo de la Victoria avec un contexte intéressant. Pour le reste, on a dû faire l’impasse, entre une météo maussade (gros orages) et la fatigue.

Dernière étape du périple – mais non des moindres –, Grenade. Avec un gros morceau pour commencer: l’Alhambra, immense forteresse maure – dernier bastion (ou peu s’en faut) de l’Espagne musulmane – sise sur une colline surplombant la ville.

Je fais d’ailleurs un peu la gueule sur la route qui y mène, rapport à quelques lacets un peu trop impressionnants, mais une fois sur place, tout est oublié: l’endroit est juste splendide, avec des jardins et des palais magnifiques. Et des touristes partout, mais bon: je soupçonne que c’est blindé, même en décembre et sous la pluie (note aux futurs visiteurs: réservation à l’avance quasi-obligatoire).

Nous sommes aussi allé visiter la cathédrale, immense et impressionnante, mais classique, et son adjacente Chapelle royale, le mausolée du roi Ferdinand d’Aragon et son épouse, Isabelle de Castille, qui est un monument spectaculaire à la mégalomanie monarchique, avec initiales royales dans tous les coins et retables façon « pièce montée ».

Nous avons également fait un petit tour dans le quartier d’Albaicín et ses boutiques à souvenirs qui semblent toutes avoir exactement le même assortiment, ainsi qu’une visite au Parque de la Ciencías, un musée plutôt sympathique, même si on ne l’a que visité en diagonale (on a surtout vu les rapaces et la halle aux papillons tropicaux). Mis à part ça, je n’ai pas trouvé la ville très agréable, mais je soupçonne qu’elle regorge de coins sympas – on en a vu en passant quelques-uns.

En fait, c’est assez étonnant de voir que, dans les trois grandes villes visitées – Séville, Cordoue et Grenade – l’intérêt citadin allait décroissant comme l’intérêt historique et archéologique allait croissant. Il y avait d’ailleurs pas mal de choses à Grenade qu’on aurait aimé voir et qu’on a pas pu, faute de temps et d’énergie. Mais bon, l’idée était aussi de passer des vacances, pas de s’épuiser plus qu’au boulot, non plus…

Encore deux petites heures de bus pour rallier l’aéroport de Malaga et c’est la fin d’un périple de dix jours. Il fallait bien ça pour voir ce qu’on a vu – et surtout pour passer d’une ville à l’autre, ce qui n’est jamais évident. Retour à la routine, mais aussi à nos chats – qui n’en ont pas profité pour retourner à l’état sauvage; la félinitude se perd.

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