La viande, c’est la force (Boulet: Notes 3)

Ça fait depuis ce matin que je me creuse le ciboulot pour arriver à trouver les superlatifs susceptibles de décrire adéquatement le pur génie contenu dans ce troisième volume des Notes de Boulet, sobrement intitulé “La viande, c’est la force“. J’ai beau conjurer mon imagination, d’ordinaire débordante quand il s’agit d’écrire des bêtises, ainsi que mes nombreux catalogues d’hyperboles geekesques, je sens qu’il est temps de déclarer forfait.

Il est des champs de bataille qu’il faut savoir quitter la tête haute. Je crois que l’on doit proclamer que le sieur Boulet (Gilles Roussel pour l’état civil) est une forme d’avatar créatif transcendant les genres bédéistiques, à la fois dieu des arts et humain dans ses passions. Une quintessence, le mot est lâché.

Ahem.

Il faudrait que j’arrête la bière de corps de garde après 22 heures, moi…

Mais bon, j’avais promis une critique dithyrambique, c’est chose faite. Maintenant, pour aller un peu plus profondément dans les détails, ce troisième volume continue la formule des deux précédents et que l’on pourrait résumer par “la version en arbres morts du blog”. Cela ne va peut-être pas aider ceux qui ne lisent pas son blog (et qui devraient être honnis jusqu’à l’antépénultième génération de leur lignée, au moins).

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Deadpool

Dans la série des confessions honteuses, j’ai récemment lu une bédé de superhéros. Une vraie, pas un truc limite du genre Watchmen ou Empowered. Un truc de chez Marvel. Bon, comme la bédé en question est Deadpool Classics (je vous fais grâce de la couverture: elle est hideuse), la qualification “vraie bédé de superhéros” reste discutable.

Deadpool est un personnage créé par Rob Liefeld. C’est probablement ce qu’il a fait de mieux pour le monde des comics: comme dessinateur, je le trouve assez exécrable. C’est un mercenaire archétypique, en costume rouge et noir, qui se bat avec une quantité invraisemblable d’armes à feu et deux katanas. Tout le monde sait qu’un katana, c’est bien et que deux katana, c’est mieux. Enfin, archétypique jusqu’à ce qu’il l’ouvre, ce qui ne tarde jamais.

Surnommé “le mercenaire à grande gueule”, Deadpool a la particularité de constamment vanner tout ce qui bouge et sortir des conneries un peu plus grosses que lui. Par exemple, affirmer à ses adversaires qu’il a connu des G.I. Joe plus dangereux qu’eux – les jouets G.I. Joe, s’entend, et même des poupées Ken plus dangereuses, en fait. Battre Deadpool est un exploit; le faire taire relève du miracle.

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The Red Star: Sword of Lies

Il y a certaines œuvres qui peuvent vous mettre les larmes aux yeux, vous couper le souffle et vous projeter dans un univers. Peu arrivent à me faire cet effet, The Red Star, la bande dessinée de l’Américain Christian Gosset est de celles-là.

Le quatrième volume relié, Sword of Lies, vient de sortir et est encore plus intense que les précédents. S’il continue la saga des tomes précédents, il revient également sur l’aube de cette Union soviétique parallèle, dans un monde plus grand que nature où magie et technologie coexistent et où le moindre sortilège vient avec un prix secret et terrifiant.

Le ton est clairement épique: on parle ici de batailles qui décident de la destinée d’une nation, de dieux qui marchent parmi les hommes, le tout avec pour enjeu l’âme humaine et l’avenir de la planète. Mais le point de vue reste à l’échelle humaine et on en revient toujours aux personnages principaux: l’invocatrice rebelle Maya Antarès, Marcus, son époux défunt devenu agent de la Déesse de la Vérité, Makita, la partisanne alt-Chéchène ou même Imbohl lui-même, meneur de la Révolution rouge et fondateur des Républiques socialistes de l’Étoile rouge.

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Watchmen

Il existe un petit nombre de bédés cultes; Watchmen, d’Alan Moore et Dave Gibbons, est inconstestablement de celles-ci. Sur fond de menace nucléaire, elle déconstruit l’image mythologique des superhéros en montrant que, derrière le masque, il y a des hommes et des femmes avec leurs défauts. Ça n’a l’air de rien, comme ça, mais, il y a vingt ans (elle est sortie entre 1986 et 1987), c’était révolutionnaire.

Le film vient de sortir sur les écrans, au grand dam de moult puristes (dont Alan Moore), qui considèrent que toute transposition du format bédé vers celui d’un film est obligatoirement une trahison. Cela ne surprendra personne: la vérité est quelque part entre les hurlements des fans et les aspirations des producteurs.

Par certains côtés, le film est redoutablement fidèle à l’histoire: certaines scènes sont directement décalquées et la plupart des dialogues sont également tirés de la bédé. Il y a des différences, surtout vers la fin, ce qui encore une fois à provoqué un concert de hululements blessés. Personnellement, j’ai été favorablement impressionné par cette volonté de coller à la trame originelle. Zack Snyder, le réalisateur, confessait dans une entrevue avec Wired être lui-même un gros fanboy.

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Le petit théâtre de la rue (Boulet: Notes 2)

Le deuxième volume des Notes de Boulet, intitulé “Le petit théâtre de la rue”, est sorti et je vais avoir du mal à en parler sans répéter tout le bien que j’avais déjà dit du premier volume dans une autre incarnation de ce blog.

Pour ceux qui n’étaient pas là à l’époque, Notes est une compilation des planches parues sur le blog de Boulet entre juillet 2005 et juillet 2006, agrémentée d’une histoire fil rouge inédite, qui emmène notre valeureux auteur/héros pour une convention dans les tréfonds de la France profonde.

Ce sont un peu les tranches de vie d’un geek ordinaire, avec sa fainéantise profonde, son addiction à Internet, ses voyages exotiques, son incompétence crasse à faire la cuisine et son kazoo. Ça a l’air obscur, comme ça, mais, à la lecture, on comprend bien tout et on rit beaucoup aussi. Le défaut principal du premier album, à savoir la lisibilité pénible de certaines planches, semble avoir disparu; je soupçonne que c’était bêtement un problème de format.

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Super Mal Cadré, un webcomic comme son nom l'indique

Voici un lien vers un webcomic qui ne va pas vous faire perdre deux jours, vu qu’il vient juste de commencer: Super Mal Cadré est une histoire de superhéros sans superhéros. Enfin, on ne les voit jamais: l’action est centrée sur les spectateurs. L’initiative vient de François 6PO, forumiste rôliste amateurs d’haïkus, qui est également …

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Troubleshooters, le webcomic Tigres Volants que vous n'avez jamais vu

En discutant hier soir avec Janus de sujets tels que la vulnérabilité comparée des princesses atlani dans l’univers de Tigres Volants, je me suis rappelé d’un vieux projet de bande dessinée, au format webcomic: Troubleshooters.

Le titre vient d’une sortie de mes joueurs, il y a fort longtemps:

Ayers: “Vous faites quoi comme métier, dans la vie?”
Sylvano: “Troubleshooters.
Déhemme: “Lui c’est trouble et elle c’est shooter…”

Le principe de base est donc d’avoir un duo bien dynamique, membre de la Dame de fer, tendance mercenaire, qui se tape des boulots de sécurité, d’escorte ou d’enquête plus ou moins foireux. 

Les deux personnages sont:

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The Probability Broach, une utopie libertarienne

Et si les USA étaient devenus libertariens, un modèle utopique de la libre entreprise et du libre échange, une nation idéale avec un gouvernement nominal et une administration inexistante? C’est le point de départ de The Probability Broach, une bande dessinée américaine (en anglais, donc), lisible intégralement sur le site web de son éditeur.

Sauf qu’en fait, ce n’est pas seulement une bande dessinée, au demeurant plutôt agréable à lire, avec son histoire de flic de base fuyant (par hasard) une société de gauchistes répressifs à travers une porte dimensionnelle: c’est aussi et surtout un ouvrage de propagande.

À part si vous vivez dans un caisson d’isolation sensoriel avec ce seul blog comme accès au monde extérieur (dans lequel cas il vous faut de l’aide psychiatrique d’urgence!), vous avez dû noter que les USA sont en période d’élection. Ce qui signifie que les forums US que je fréquente, RPG.net en tête, sont encore plus politisés que d’habitude.

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“Notes”, de Boulet: un blog en arbres mort

Je vous avais déjà causé, il y a quelques temps, des bédé-bloggeurs français et de leurs abomifreux sites en Flash. Certains d’entre eux ont choisi de résoudre ce problème d’interface en sortant leurs oeuvres au format papier. C’est le cas de Boulet qui, avec Notes 1: Born to be a larve, sort un joli ouvrage compilant une année …

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Global Frequency, pas vu à la télé

Global Frequency

Global Frequency est une des tétrachiées de séries scénarisées par Warren Ellis. Ceux qui disent que c’est une de ses moins bonnes n’ont pas lu certaines des bouses alimentaires qu’il a pondu, mais bon. L’idée principale, assez courante dans l’œuvre d’Ellis, est que les personnages font partie d’une “conspiration bienveillante”, un groupe d’individus disparates, doués mais autrement normaux, reliés par un réseau (la “fréquence globale” du titre) animé par la mystérieuse Miranda Zero et son “opératrice”, Aleph.

Poutre Pex Pouille (contre le Président)

Je suis un webcomicsomane. De Dilbert à XKCD, en passant par College Roomies From Hell!!! et Girl Genius, je dois dévorer une quinzaine de ces bandes dessinées en ligne par jour. Je me suis plus récemment intéressé aux français et puis, récemment, je suis tombé sur un petit nouveau, Poutre Pex Pouille. C’est doublement geek, vu que non seulement c’est du …

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Le Grand Jeu

Le Grand Jeu est une série de bande dessinée récente, scénarisée par Jean-Pierre Pécau, avec Léo Pilipovic aux pinceaux et Thorn à la couleur, que je suis avec avidité. Les gens qui me connaissent comprendront vite pourquoi.

Dans cette Terre alternative, la France et l’Angleterre ont réussi à contenir suffisamment l’Allemagne nazie en 1940 pour que cette dernière, attaquée par l’URSS, décide de faire la paix. Cinq ans plus tard, Nestor Serge, journaliste français et ancien pilote, se retrouve embrigadé dans un conflit germano-soviétique qui se livre à coups de secrets occultes et d’armes secrètes.

Du coup, cette Deuxième Guerre mondiale ressemble à un rêve humide pulp: des loups-garous, de la magie noire, des engins volants modérément identifiés (jets et soucoupes volantes) et des références littéraro-conspirationnistes en pagaille, c’est une série qui colle au concept “Série B” de la collection éponyme de chez Delcourt.

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Elfquest en numérique

La nouvelle est passée sur BoingBoing, je peux donc difficilement prétendre encore l’ignorer: les créateurs d’Elfquest, Wendy et Richard Pini, ont décidé de numériser tous les numéros d’Elfquest parus à ce jour et de les mettre à disposition, en ligne et gratos, d’ici la fin 2008. Dire que cette série a été pour moi une influence …

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“Fables”: belles fées gore

Bon, j’admets que le titre est juste une excuse pour faire un jeu de mot foireux qui me trottait dans la tête depuis un moment. Jeu de mots néanmoins plus ou moins en rapport avec le sujet, car Fables, de Bill Willingham, est une série américaine en bandes dessinées, qui raconte l’exil de créatures du monde des contes de fées dans notre univers à nous.

Et, même si on y croise Boucle d’Or, Blanche-Neige, le Prince Charmant et le Grand Méchant Loup, ce n’est pas exactement du Disney: ça flingue à tout va, ça baise aussi pas mal, merci pour eux, ça grenouille beaucoup (surtout un certain prince) et, surtout, ça se prépare à une guerre face à un Adversaire inconnu, qui a pris le contrôle des terres féériques.

Je viens de finir les neuf volumes reliés qui existent à ce jour en anglais et c’est du tout bon. Il y a un vrai travail sur les personnages et leur insertion d’un monde de contes de fées vers un monde contemporain, qui va au-delà de la simple caricature. Loin des histoires manichéennes de papa Walt (et probablement plus proches des histoires originelles), tout le monde y est un peu gris, mais sans être terne. L’histoire est également au niveau et c’est un vrai régal.

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Yann et Conrad, les héros de mon enfance

Quand j’étais petit, je lisais Spirou. À vrai dire, j’ai continué à lire Spirou pendant très longtemps; j’ai, chez moi, un gros coffre en bois qui contient plusieurs centaines de numéros de l’hebdomadaire, depuis (en gros) le 1770 jusque vers le 2350. Si j’ai arrêté de lire Spirou, c’est à cause de Yann et Conrad.

OK, ce que je viens de dire est en fait très malhonnête: j’ai surtout arrêté de lire Spirou parce qu’il n’y avait plus Yann et Conrad! Ces deux zigotos, apparus quelques années auparavant, avaient apporté un grain de folie quasiment punk dans les pages de l’hebdomadaire — à une période qui correspondait exactement avec ma crise d’adolescence; surprise…

On connaît aujourd’hui Yann et Conrad surtout pour leur série “Les Innommables”; on sait moins qu’elle a débuté dans Spirou, sous le titre “Matricule Triple Zéro”. Un monument: en fait, elle commence sous le titre “Chuck Willis”, une sorte de clone du Buck Danny des années 40, militaire américain à la mâchoire carrée… qui se fait dégager dès la deuxième case de la série, pour laisser la place aux trois tarés que l’on connaît. Ce premier album est un chef d’oeuvre d’humour burlesque; la première incarnation de “Shukumei” également (pas celle parue en album); après, la série devient plus trash, plus sérieuse aussi, nettement moins drôle à mon goût.

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Iron Man: Hypervelocity

En général, je n’aime pas les comics de superhéros, à de rares exceptions près (Watchmen, The Authority et quelques autres). J’ai pourtant ramassé Iron Man: Hypervelocity et, soyons clair: ça déchiquete! C’est le nom d’Adam Warren (Dirty Pair, Grunge: The Movie, etc.), au scénario et au découpage, qui m’a attiré et… la vache!

L’histoire, qui peut paraître anecdotique face au déferlement de combats à haute vitesse et d’armes de destruction massive, est néanmoins bien tordue: à la suite d’une attaque sur son labo, le nouveau prototype d’armure d’Iron Man s’enfuit toute seule, avec une partie de la personnalité de son créateur, Tony Stark. On a donc une armure vide, qui contient une persona artificielle incomplète et, qui plus est, est attaquée de l’intérieur par un virus qui prend les traits d’un fantasme masculin.

Le titre ne ment pas: ça va à Mach beaucoup, avec tous les fétichismes habituels de Warren: ultratechnologie militaire, transhumanisme et intelligences artificielles, gros logos lumineux, créatures hypersexuées, bagarres survitaminées et humour décalé à base de références geek et pop-culture. En plus, non content d’être une course-poursuite spectaculaire, l’histoire reste lisible. Adam Warren maîtrise clairement son sujet.

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