« Existence », de David Brin

"Existence", de David Brin

Et si, dans un avenir proche, la Terre recevait un message extraterrestre et que ce message remettait en cause de façon fondamentale le concept de sapience et de civilisation? C’est, dans les grandes lignes, le principal de Existence, gros roman de David Brin.

Encore que « roman » n’est peut-être pas le terme le plus approprié pour parler de cet ouvrage: sur un peu plus de la moitié du texte, Existence ressemble plus à une chronique des temps futurs – horizon 25-30 ans – entre dérèglement climatique, nouvelle aristocratie économique, les séquelles d’une série d’attaques connue sous le nom de « Awfulday » et les avancées technologiques les plus folles.

C’est une époque où la tentation de repli sur un mode de vie en apparence plus respectueux de l’environnement, mais aussi plus conservateur – et sous la coupe des super-riches – est très présente. Mais la découverte d’un artefact extra-terrestre va tout changer – jusqu’à ce que la découverte d’un deuxième artefact modifie de nouveau la donne.

On y suit plusieurs personnages, dont les destins se croisent parfois: Gerald Livingstone, astronaute qui fait de la récupération orbitale et qui tombe par hasard sur le premier artefact, Peng Xiang Bin, aussi récupérateur, mais dans les maisons noyées par la montée des eaux sur les côtes chinoises, Tor Povlov, journaliste en ligne qui peut conjurer la sagesse des foules, plus un riche héritier recueilli par des dauphins intelligents, un romancier qui découvre malgré lui une conspiration d’aristocrates, et quelques autres.

Là où David Brin excelle, c’est dans ses descriptions d’un avenir proche, que l’on découvre par petites touches. Il y a un petit côté Cory Doctorow dans certaines de ses idées sur les IA et sur la recomposition de la société, mais c’est quand même un peu plus perché dans le genre SF, avec des évolutions qui paraissent moyennement probables.

Existence fourmille notamment de termes futuristes qui, à mon avis, doivent être un chouïa déroutants pour qui ne maîtrise pas la langue anglaise, comme la tendance à utiliser les lettres « ai » dans les noms d’objets contenant, justement, une intelligence artificielle.

La deuxième moitié du bouquin est un peu plus « roman », mais pas beaucoup. Elle est aussi pas mal plus courte, se déroule quelques années dans l’avenir et, s’il n’y avait pas des personnages récurrents, elle ferait un peu penser à une pièce rapportée – genre la nouvelle écrite séparément et rajoutée parce que se déroulant dans le même univers.

Cela posé, Existence est un chouette bouquin; ses défauts sont somme toute mineurs et, dans le premier tiers, la société futuriste y décrite est assez fascinante – encore que limitée aux nations développées. Dans le deuxième, c’est la gestion de l’artefact extra-terrestre – et de ses « occupants » qui prend le relais et, dans les deux dernières parties, l’auteur apporte une conclusion intéressante et ouverte.

Existence traite au fond d’un thème – ce qui définit la sapience et l’humanité – à travers deux prismes: le transhumanisme et le Paradoxe de Fermi. Dans les deux cas, il apporte des idées assez fascinantes – des idées, mais pas forcément des solutions. On notera au passage que l’auteur se permet un clin d’œil à sa série-phare, Uplift, avec la présence de dauphins artificiellement évolués.

En conclusion, c’est un texte de science-fiction qui traite de concepts intéressants de manière intelligente. C’est original sans être radical – ce qui, en soi, est assez radical, au vu du genre. Si l’on excepte les termes de jargons, c’est plutôt accessible et le seul défaut de l’ensemble est une structure assez peu « romanesque » qui peut désarçonner.

D’autres avis chez Gromovar (à qui je dois d’ailleurs la découverte), Herbefol et chez le Maki.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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