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"La Nuit du Nyctalope"

“La Nuit du Nyctalope”, de Jean de la Hire

J’ai moult fois parlé, ici et ailleurs, de mon intérêt pour le travail de mémoire accompli ces dernières années par des auteurs et éditeurs francophones pour faire resurgir la mémoire des “superhéros” français et européens du début du XXe siècle. Le recueil de nouvelles La Nuit du Nyctalope, autour du personnage créé par Jean de la Hire, fait partie de ce travail.

Il s’agit d’un recueil de treize nouvelles – à commencer par un texte original de la Hire lui-même – qui tente de redonner ses lettres de noblesse à ce personnage hors du commun, dont le cœur artificiel lui permet de traverser les époques et dont les yeux percent les ténèbres les plus denses.

La tâche est ardue et, de ce point de vue, les textes ici proposés montrent bien la difficulté, car il s’agit de réhabiliter un personnage – et peut-être aussi un auteur – qui s’est compromis pendant l’Occupation, un surhomme allié aux fascistes. De ce point de vue, le premier texte, “Rien qu’une nuit…” est emblématique, car mettant aux prises Léo Saint-Clair, le Nyctalope, contre un mentaliste anglais.

De façon générale, tout au long de ce recueil, j’ai été bien plus séduit par le fond que par la forme. Le fond, c’est un héros certes hors du commun, mais marqué par les tragédies, à commencer par la mort tragique de sa première épouse et de ses enfants sur la colonie française sur Mars. L’évènement sert de fil rouge à plusieurs des nouvelles et permet d’avoir une continuité, une cohérence.

C’est aussi, au cours des textes, une forme de réhabilitation du personnage, qui tente de se racheter au cours des décennies de l’après-guerre. On trouve aussi quelques “missions de guerre” où le Nyctalope semble avoir plus de doutes sur ses nouveaux amis. Il est peut-être fidèle en amitié, mais surtout envers les personnes, pas forcément les régimes qu’ils représentent.

La forme souffre de deux problèmes. Le premier, c’est ce que j’appellerais le “syndrome du pastiche”: certains des textes font bien trop “style-genre” à mon goût. Écrire en 2015 comme un feuilletoniste de 1915, c’est peut-être amusant pour un défi, mais à la longue, ça fatigue. En tous cas, ça me fatigue. Cela dit, plus on avance dans la lecture – et dans la chronologie, globalement – plus ce point s’améliore.

Le second problème est que la maquette est truffée de coquilles. Quand je dis “truffée”, j’entends “pas loin d’une toutes les deux pages”. Ce n’est pas beaucoup: c’est trop, au point de donner l’impression que quelqu’un n’a pas fait son travail et/ou n’a pas beaucoup d’intérêt pour le lecteur.

Malgré cela, La Nuit du Nyctalope est un recueil globalement intéressant, avec des nouvelles oscillant entre le moyen et le très bon, qui remet au goût du jour un personnage exceptionnel de la littérature populaire française. Il est à lire en parallèle avec la récente bande dessinée L’Œil de la Nuit, pour se faire une meilleure idée de la richesse de l’œuvre originelle.

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