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L'âge de la microproduction rôlistique

Ce billet est en grande partie une réaction à celui de Pyromago, habitué des forums rôlistes qui, sous l’intitulé peu compromettant Etonnarium Stupefactory et autres divagations nocturnes, s’étonne du foisonnement de la production rôliste actuelle et, surtout, de son côté ultra-niche.

C’est une vieille histoire: le jeu de rôle est un produit de niche, lui-même effroyablement balkanisé. Entre les différents thèmes (med-fan, science-fiction, med-fan, post-apo, med-fan, contemporain, med-fan…), les différents genres (pulp, réaliste, comique) et les différents systèmes de jeu (d20 vs GURPS vs le reste du monde), chaque joueur a tendance à avoir ses petites manies. La particularité du milieu, c’est qu’avec cette balkanisation extrême, il y a également quelques poids lourds, genre Donjons & Dragons, qui accaparent à eux tous seuls une grosse part des joueurs.

Est-ce un problème? Pyromago semble dire que ce foisonnement signifie que tous ces projets, aussi professionnels soient-ils,  sont voués à l’obscurité, à l’anonymat et, en un mot, un peu vains. Ça n’étonnera personne: je ne suis pas d’accord.

En tant que ludosaure, avec plus de vingt-cinq ans de pratique, je ne me rappelle pas une période, même aux Âges Héroïques, où tout le monde et son petit frère n’avait pas déjà des projets de jeux plein la tête (et, en général, plusieurs cahiers bien remplis pour le prouver). La seule différence était qu’à l’époque, d’une part il y avait moins de choix et, d’autre part, beaucoup moins de moyens de diffuser ses créations.

Depuis, il y a eu Internet (qui est certes très important, mais qui n’est pas la panacée) et, surtout, une démocratisation de l’impression, avec des outils de PAO de plus en plus accessibles au grand public et l’arrivée de l’impression numérique, qui permet de sortir des bouquins de bonne tenue pour un budget raisonnable. Il y a quinze ans, le choix c’était offset ou photocopie. Petit public, certes, mais petit tirage également.

Ce que je peux admettre, c’est qu’il y a un risque de voir apparaitre des jeux qui ne visent qu’un public de lecteur-collectionneur et qui ne sont pas réellement destinés à être joués. C’est un peu gênant: un jeu de rôle est certes un livre qui peut être lu tel quel (et qui sait être plaisant quand il est bien écrit), mais c’est surtout un jeu; un jeu qui n’est pas joué, c’est moins intéressant.

Cela dit, je crois que le problème majeur est le suivant: si les auteurs de ces jeux dits “confidentiels” font des ouvrages de qualité, je ne vois pas où est le problème. Même s’il n’est pas joué, un bon jeu aura toujours un impact sur ceux qui le lisent. Tant qu’à faire des comparaisons foireuses, l’industrie du disque fonctionne également comme cela: il y a de grosses locomotives qui vendent des millions d’albums, mais également des myriades de groupes à l’audience bien plus réduite; ça ne veut pas dire qu’ils sont moins bons (personnellement, j’échange volontiers quatorze barils de Rolling Stones contre un flacon d’Indukti).

J’écris des jeux de rôle. OK, techniquement, j’écris un jeu de rôle. Je le fais en grande partie pour mon plaisir, mais j’essaye également de faire en sorte que ce que j’écris intéresse et/ou amuse un public. Même les auteurs les plus autistes (non, je ne citerai pas de nom) écrivent pour un public – ou, à tout le moins, pour la perception qu’ils ont d’un public.

Le but n’est pas de faire le meilleur grille-pain du marché au meilleur coût, mais de faire un jeu qui plaise. Notion subjective, s’il en est. C’est con, mais je pense que le jeu de rôle est un art, simplement parce que l’écriture en est un.

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