Mermaid Project, épisode 1

Parfois, on croise une bande dessinée qui contient presque autant de points intéressants que de défauts. C’est le cas de ce premier épisode de Mermaid Project, dessiné par Fred Simon sur un scénario signé Corinne Jamar et Léo, une histoire d’anticipation sur fond de fin du pétrole et de bouleversements climatiques.

En fait, la première force de cette histoire est justement ce contexte: si le résumé en quatrième de couverture parle du milieu du XXIe siècle, ça me paraît un peu tôt (surtout quand un personnage parle d’un suspect comme étant un ancien footballeur-vedette des années 70). C’est plus probablement un saut en avant de cent ans que cette histoire propose.

À cette époque, Paris est une ville tropicale, passablement délabrée (la Tour Eiffel ne semble pas avoir très bien supporté son bicentenaire) et envahie par des calèches à cheval et des vélos. Au risque de reprendre une expression qui récemment sent le bleu-brun (et les pains au chocolat), c’est aussi un monde où le racisme anti-blanc est devenu la norme, par réaction aux excès de la population occidentale, responsable en grande partie des catastrophes passées.

Ce monde, devenu décroissant par la force des choses (Paris ressemble presque à une ville post-apo), est plutôt intéressant, même si je trouve qu’il fait l’impasse sur un certain nombre de choses (les technologies de l’information, par exemple, ou les guerres pour les ressources) et n’explique pas grand-chose du reste.

Dans ce contexte, on a le personnage de Romane Pennac, fliquette parisienne blonde taillée comme un allumette, qui subit les brimades de ses collègues. D’un certain côté, c’est rafraîchissant de voir un protagoniste qui ne soit pas une sorte de super-héros aux compétences hors norme; de l’autre, Romane apparaît comme un peu trop passive tout ou long de cet épisode.

La trame – une histoire de manipulations génétiques secrètes menées par un groupe spécialisé dans la production de méthane, le carburant utilisé à l’époque – est également intéressante, mais ce premier épisode n’en révèle pas grand-chose. L’enquête prend pas mal de temps à explorer des faux-semblants, ce qui donne à l’histoire un rythme un peu mou.

Pour finir sur un point plus visuel, le dessin de Fred Simon est intéressant et bien maîtrisé, dans un style que certains qualifient de « semi-réaliste », mais n’est pas forcément des plus adapté à l’histoire et, du coup, il faut un peu de temps pour s’y faire.

Je ressors donc de la lecture de ce Mermaid Project avec un sentiment mitigé: il y a beaucoup de bonnes idées, mais dont l’exploitation ne me satisfait pas vraiment. Je reste tout de même sur une impression plutôt positive, qui me fera suivre les épisodes suivants, en espérant que certains des défauts de ce premier tome seront effacés sur la distance.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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