« Pump Six and other stories », de Paolo Bacigalupi

Je ne peux pas vraiment dire que je m’attendais à du rire et à de la bonne humeur en attaquant Pump Six and other stories, un recueil de nouvelles de Paolo Bacigalupi (auteur de The Windup Girl) glané dans le Humble Bundle. C’est heureux, parce que j’aurais été affreusement déçu et sérieusement déprimé – au lieu d’être juste déprimé.

Les onze nouvelles de ce recueil parle le plus souvent de la place de l’homme dans un contexte transhumaniste et/ou par rapport à une nature qui est partie en vrille. En général, ce n’est pas beau à voir: à la fin, le chien y passe.

Certaines des histoires se déroulent dans le même univers que The Windup Girl – laquelle apparaît même dans « The Yellow Card Man ». À ce sujet, les titres des nouvelles sont souvent sur ce modèle « The [qualificatif] Man », ce qui ajoute au côté impersonnel des futurs imaginés par l’auteur.

Les univers de Paolo Bacigalupi sont souvent glauques – dans les bons jours – et ses personnages sont rarement en haut de l’échelle sociale. Ce sont des histoires de gens normaux (par rapport au monde, à tout le moins) qui se débattent dans un contexte cauchemardesque dans lequel ils se sentent souvent en porte-à-faux, avec comme seul horizon leur survie.

On a là un monde où le féodalisme est revenu à la mode pour le plus grands plaisir d’élites décadentes, un autre où les traitements réjuvénateurs ont rendu les naissances superflues et hors-la-loi, une vision de New York noyée sous ses propres déchets, qui empoisonnent sa population, une civilisation qui se reconstruit après une épidémie cataclysmique (et sans doute causée par l’homme).

Les lecteurs les plus favorables aux thèses transhumanistes pourront sans doute lui reprocher un pessimisme outrancier: la technologie, censée améliorer le quotidien, est le plus souvent un moyen de contrainte pour les puissants ou aboutit à une aliénation. Voire les deux.

Cela dit, les histoires de Pump Six posent un certain nombre de questions qui fâchent et auxquelles il faudrait un jour s’attaquer de front: quel est le prix de notre environnement, jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour vivre éternellement jeune, comment gérer le progrès sans qu’il nous dévore, comment faire pour vivre dans un monde où l’ignoble paraît normal – ou le normal ignoble.

Et puis l’écriture est efficace; pas particulièrement élégante, mais elle plonge bien dans l’ambiance, avec un flair particulier pour les descriptions de tous ces lieux « entre-deux », abandonnés par la civilisation mais pas encore totalement redevenus sauvages et pour les descriptions de l’organique pas toujours très ragoutante, mais bon (avec cependant moins de complaisance).

Si vous avez aimé The Windup GirlPump Six est une lecture recommandée, de même que si vous ne connaissez pas Paolo Bacigalupi (à part si vous sortez de dépression). Il y a énormément d’idées à y piocher pour des univers dystopiques et des avenirs qui ne rigolent pas.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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5 réponses

  1. Roboduck dit :

    C’est assez prometteur. Remarque, quand on regarde certains endroits du présent, on se dit qu’il n’y a pas grand besoin de dystopies.
    Roboduck Articles récents…Chien du HeaumeMy Profile

    • Alias dit :

      Là où Bacigalupi est très fort, c’est que, souvent, ses dystopies sont très crédibles, car très ancrées dans le présent. Parfois, c’est un peu far off, mais les plus brutales sont justement celles qui sont proches de nous.

      • Roboduck dit :

        Ca ne m’étonne pas. Après ce que je viens de lire dans « Jours de destruction, jours de révolte », il n’y a vraiment pas beaucoup besoin de forcer le trait en partant de la réalité.
        Roboduck Articles récents…AshrelMy Profile

  2. Raven dit :

    Oh tient, je ne suis donc pas la seule à l’avoir lu ce petit recueil… 🙂 Chopé en forte promo à Montréal, à la suite de ma lecture de la Fille Automate.
    Je suis globalement du même avis que ta chronique, à laquelle je rajouterais que j’ai eu pas mal de difficultés à saisir le style de l’auteur et donc ses propos dans toute leur subtilité. Il est pas évident à aborder en VO le monsieur !

    • Alias dit :

      Hello et bienvenue!

      Le souci majeur que j’ai trouvé dans la langue, c’est le jargon « futuriste », qui n’est que rarement expliqué et qu’il faut découvrir avec le contexte.

      Mais bon, peut-être que trente ans de lecture en anglais, ça forme aussi. 🙂

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