“Stranger Fruit”, de Zeal & Ardor, mon album de l’année 2018

Zeal & Ardor: Stranger Fruit (album de l'année 2018)
Cet article est le numéro 12 d'une série de 14 intitulée Albums de l'année

Voilà, c’est dit: l’album de gospel black-metal de Zeal & Ardor, Stranger Fruit, est mon album de l’année 2018! Le choix n’a pas été aussi facile que je l’aurais pensé et, jusqu’à la dernière minute – ou peu s’en faut – des candidats sérieux se sont pointés.

Fates Warning: Awaken the Guardian Live

Faites Warning: Awaken the Guardian Live

Laissez-moi vous parler d’un de mes rares instants de nostalgie: j’ai découvert Fates Warning il y a un peu plus de trente ans avec leur album Awaken the Guardian, que j’ai acheté pour la pochette. Or, j’apprends récemment que le groupe a retrouvé sa configuration quasi-originale pour une série de concerts-anniversaire, regroupés dans ce Awaken the Guardian Live.

Fates Warning à Aarau

Fates Warning, KIFF, Aarau.

Au moment où je tape ces lignes, je suis dans une chambre d’hôtel à Aarau, j’ai des étoiles plein les yeux – et des acouphènes plein les oreilles – parce que je viens de voir Fates Warning en concert au KIFF. Ouais, carrément! Et puis d’abord, c’est mon anniversaire, alors je fais ce que je veux, d’abord!

Fates Warning: Darkness in a Different Light

Après Dream Theater et James LaBrie, c’est au tour d’un autre Grand Ancien du métal progressif de faire son retour: Fates Warning sort un nouvel album, Darkness in a Different Light. Il ne manquerait plus que Queensrÿche ne… oh, wait, il y en a même maintenant deux!

Alors bon, Fates Warning, ça a toujours un peu été le serious progressive metal is serious de la bande: ça rigole rarement, ça tombe comme à Gravelotte, c’est la vie et toutes ces sortes de choses. Cet album ne fait pas vraiment exception, on n’est pas là pour rigoler.

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Minutian: Repercussions

Il y a des groupes dont la description tient pas mal de la recette de cuisine, tel Minutian, combo finlandais de métal progressif qui, avec leur premier album Repercussions nous livre un métal que j’estimerais à une moitié de Fates Warning, un tiers de Tool et le reste en influences diverses et éléments réellement originaux.

Découvert via une chronique du plus récent Prog-résiste, le groupe propose sept compositions de taille moyenne à longue (de quatre à huit minutes) pour un total sous la barre des quarante-cinq minutes. On est dans des rythmiques plus contemplatives que furieuses, ce qui se reflète dans la longueur des pistes.

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Arch/Matheos: Sympathetic Resonance

Ceux qui me suivent depuis un moment ont dû se rendre compte que Fates Warning est un des mes groupes préférés, ce depuis Awaken the Guardian. À cette époque, la voix du groupe était John Arch, qui a laissé sa place à Ray Adler pour des raisons familiales et qui est ensuite resté plus ou moins silencieux pendant près de deux décennies avant de sortir un EP spectaculaire sous le titre A Twist of Fate il y a quelques années.

D’une certaine manière, ce Sympathetic Resonance, signé Arch/Matheos, est la continuation de cette première expérience. Autant dire que ce n’est pas exactement un album facile d’accès: le métal progressif signé par John Arch et Jim Matheos (guitariste de Fates Warning) est extrêmement alambiqué et torturé et cette impression est également renforcée par la voix suraiguë, mais extrêmement bien maîtrisée de John Arch.

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Wolverine: Communication Lost

Ça fait un petit moment que Communication Lost, dernier album des Suédois de Wolverine, m’est parvenu par des chemins détournés et que j’attendais impatiemment sa sortie officielle pour vous en parler. Parce que dans le genre concept album de métal progressif sombre et torturé, c’est du très bon et du très grand!

Communication Lost s’inspire des moments difficiles qu’a connu le groupe, au bord de la séparation après leur précédent album, Still (2006). Pour vous le situer, c’est un petit peu comme si Pain of Salvation avait décidé de se plonger dans les thèmes introspectifs et déprimants d’un Fates Warning, le tout avec le côté concept album, donc avec des thèmes musicaux qui se retrouvent et se répètent tout au long de l’album. D’un point de vue métal, ce n’est pas très excité: la plupart des morceaux sont plutôt lents ou mid-tempo, mais c’est impressionnant de maîtrise.

Après la courte intro de rigueur, “Into the Great Nothing” pose tout de suite les choses avec son faux rythme et son métal résolument vocal: la voix puissante de Stefan Zell est ultraprésente tout au long de l’album, il est en le narrateur. On en retrouve les échos dans “Your Favourite War” et son refrain forgive me for your sins, mais pas sans que “Poison Ivy” et son violon ne viennent s’intercaler comme une pause entre les orages émotionnels que constituent ces deux morceaux.

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Moon of Soul: Ébredés

Télécharger légalement du métal expérimental hongrois: ça c’est fait! Après le folk-métal russe et le rock progressif ouzbèke (au vu de leur production pléthorique, les Polonais ne comptent plus), voici Moon of Soul, groupe de métal progressif venu de Hongrie, et leur dernier album en date (2007), Ébredés (“Éveil” en hongrois). Depuis, le groupe semble avoir disparu, ce qui est bien dommage, mais il nous a laissé en héritage l’intégralité de ses albums en téléchargement gratuit.

Difficile de décrire précisément la musique de Moon of Soul: c’est du complexe, du lourd et du torturé, le tout dominé par des nappes de claviers spectaculaires (un peu à la Evergrey). Ça rappelle un peu les débuts les plus lourds de Fates Warning, avec des passages lumineux en contrepoint. Il faut écouter un morceau comme “Odaát-odafönt” pour se rendre compte de la folie de l’ensemble. Ah oui, parce que j’ai oublié de vous dire: c’est non seulement hongrois, mais en hongrois. Que celui qui vient de dire “hongrois rêver” se dénonce!

Le bon côté de Moon of Soul, c’est que c’est un groupe plutôt original dans son approche du métal progressif et de son traitement; sans dire qu’il ne ressemble à aucun autre, ses ambiances musicales sont loin des canons classiques du genre. Les morceaux les plus énergiques comme “Ébredés”, le déjà nommé “Odaát-odafönt” sont surprenants, de même que le long et torturé “Hang-alkony-menedék”; je suis moins fan des morceaux moins pêchus du milieu de l’album, qui font un peu “ventre mou”.

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Redemption: Snowfall on Judgement Day

Redemption: Snowfall on Judgement Day

Avec le nouvel album de Redemption, Snowfall on Judgement Day, j’ai l’impression de rejouer une vieille blague d’Achille Talon: “Ce n’est pas le meilleur de la série”.

Dans le cas présent, le problème est que je me sens obligé de juger tous les albums de ce groupe à l’aune de l’excellentissime The Fullness of Time. C’est un problème, parce que cette comparaison est forcément au désavantage du nouvel album, quelque soient ses qualités intrinsèques.

Car Snowfall on Judgement Day est en soi un excellent album de prog-métal, supérieur au précédent The Origins of Ruin principalement par une plus grande variété musicale et une maturité évidente dans les compositions et leur interprétation.

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Cynic: Traced in Air

La révélation du jour: le death-metal est mélodique. La preuve en est l’album Traced in Air, de Cynic. On vous aurait menti? Pas vraiment. En fait, il y a un truc: Cynic est un cas d’école: l’archétype du groupe de death-metal qui, avec le temps, se met à faire autre chose – dans le cas présent, presque complètement autre chose.

À vrai dire, Cynic est un cas d’école pour pas grand-chose d’autre: formé en 1987 comme un groupe de death-metal (donc), il sort un premier album en 1993, puis splitte. Quinze ans plus tard, le groupe se reforme et produit Traced in Air. Il semble que Focus, le premier album, ne ressemblait pas vraiment à du death-metal traditionnel, mais dans le cas présent, il ne reste plus de ce péché de jeunesse que des éléments trace, comme quelques vocaux growlés.

Cynic est en fait une groupe de métal expérimental qui lorgne à la fois vers le prog-metal et vers le jazz-rock. Pour tout dire, ce n’est pas très métal, entre les vocaux éthérés, les changements de rythme multiples et imprévus et les guitares à la Fates Warning.

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Office for Strategic Influence: Blood

Croisée de chemins, encore et toujours; décidément, le métal mène à tout, même sans obligatoirement en sortir. Je veux parler ici de l’album Blood, dernier en date de Office for Strategic Influence, OSI pour les intimes, qui se situe au carrefour des influences métal, prog et post-rock, avec un soupçon d’électro et des ambiances musicales des films de John Carpenter.

“Projet” de deux calibres du prog-métal, Kevin Moore (Dream Theater, Chroma Key) et Jim Matheos (Fates Warning), le groupe accueille d’autres pointures du même niveau sur ses albums: Mike Portnoy, Joey Vera, Steve Wilson… du beau linge! Je mets “projet” entre guillemets, parce qu’après six ans et trois albums, ça ressemble de moins en moins à un projet séparé et de plus en plus à un vrai groupe.

Certes, les grands noms ne font pas obligatoirement une grande musique, mais, dans le cas présent, Blood est un album qui n’a pas à rougir de la comparaison avec les deux précédents, le très bon et éponyme Office for Strategic Influence et le plus entendu Free, ni avec l’exceptionnel Dead Air for Radios, premier album de Chroma Key.

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Aone: The Age of Aquarius

Même après avoir écouté l’équivalent de jours entiers de métal progressif, il y a encore des groupes qui arrivent à me prendre complètement par surprise. C’est le cas de Aone, qui, avec son Age of Aquarius, vient de sortir un sérieux concurrent au titre d’album de l’année. Tenez, c’est bien simple: je les compare avec l’énormissime The Fullness of Time de Redemption.

La première surprise vient de la musique. Le métal progressif est un genre qui, s’il n’est pas encore au point de tourner en rond, génère beaucoup de redites; n’est pas Dream Theater qui veut et, après un énième clone, on finit par se lasser. Dans le cas d’Aone, il s’agit plus d’inspiration que de clonage; on trouve aussi des accents de Fates Warning dans les plus longues compositions, mais aussi une approche distinctement rageuse qui n’est pas sans rappeler la colère et l’urgence, justement, de Redemption et des accents nu-metal à la System of a Down.

La deuxième surprise vient de la maîtrise, individuelle et collective. Les musiciens sont tous au minimum des grosses brutes et leurs compositions sont taillées au cordeau, avec juste ce qu’il faut de décrochages et de décalages, par exemple par un usage de guitare discordante ou de chant guttural pour souligner un passage, par exemple sur Paralell Anthill ou sur le morceau titre. Oui, il y a un peu de growl, mais pas suffisamment pour m’agacer.

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Thought Industry: Songs for Insects

Nouvelle rubrique pour ce blog: le “Cabinet des curiosités” sera pour moi l’occasion d’aller piocher dans mes vieilleries (surtout musicales), pour aller y pêcher des joyaux dont personne d’autre que moi n’a sans doute jamais entendu parler.

Je commence donc avec “Songs for Insects”, le fort bien nommé premier album de Thought Industry, datant de 1992. Bien nommé, parce qu’on peut douter que ce mélange improbable de heavy-metal façon Fates Warning première époque, de tech-metal et de rock progressif ait été réellement conçu pour des humains.

On peut aisément comparer “Songs for Insects” avec “A Sceptic’s Universe”, de Spiral Architect. À une différence près: Thought Industry prend son temps, multiplie les ambiances, déconstruit systématiquement ses morceaux au point où des hystéries punks cohabitent avec des balades atmosphériques.

“Songs for Insects” propose quelque chose qui s’apparente à un voyage dans la tête d’un schizophrène, une alternance de subtilité et de brutalité similaire au “Death’s Design” de Diabolical Masquerade. La deuxième moitié de l’album est probablement plus réussie que la première et le dernier morceau, Bearing an Hourglass est une expérience dont on ne sort pas forcément intact.

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Redemption: The Origins of Ruin

Ce n’est pas peu dire que je les attendais, ceux-là. “Comme le loup blanc” ou “au tournant” est une question de perspective, mais je vais tout de suite être clair: The Origins of Ruin de Redemption ne sera pas mon album de l’année 2007.

À vrai dire, cet album est une petite déception — principalement par rapport aux attentes générées par l’album précédent, The Fullness of Time, qui avait tout déchiré au niveau quantique il y a deux ans. Moins de rage, moins d’urgence; le succès les aurait-il assagis?

(Note: ceci est une question rhétorique. On parle ici d’un groupe de métal progressif qui ne s’appelle pas Dream Theater.)

Moins de cohérence, aussi. C’est peut-être hautement suggestif (comme dans “critique musicale”), mais j’avais l’impression que Fullness of Time avait une cohérence interne — probablemen dû au fait qu’il y avait moins de morceaux et des compositions plus longues.

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