"Napoléon en Amérique", de Sébastien Capelle

“Napoléon en Amérique”, de Sébastien Capelle

En 1795, un jeune colonel de l’armée du roi de France débarque à la Nouvelle-Orléans insurgée. En apprenant qu’il ne doit pas intervenir lorsqu’une armée espagnole va revenir pour reprendre et piller la ville, il se mutine. C’est ainsi que commence l’épopée de Napoléon en Amérique, signé Sébastien Capelle.

Publié à l’origine sous le nom de plume Antoine Hiloi, ce court ouvrage présente, sous une forme épistolaire, une uchronie qui commence après que Louis XVI ait réussi à fuir Paris et à écraser la Révolution française à l’aide d’armées étrangères. Ceux des révolutionnaires qui n’ont pas été exécutés ont fui vers le Nouveau-Monde et on va croiser au gré des pages l’abbé Sieyès et Olympe de Gouges, entre autres.

Napoléon Bonaparte, qui n’est au début qu’un simple colonel au service de l’armée de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), se retrouve à la tête d’une Louisiane indépendante, à lutter à la fois contre l’Empire d’Espagne et pleine déliquescence et ses anciens maîtres français. Sans oublier les ambitions naissantes des États-Unis.

Il y a du bon et du moins bon dans cet ouvrage; heureusement, il y a plus de bon. Commençons par les choses qui fâchent: Napoléon est un personnage vu et revu; pour ma part, je ne l’ai jamais trouvé très intéressant. Une uchronie napoléonienne, c’est à peu près aussi original que “les Nazis ont gagné la guerre”.

Ensuite, j’ai trouvé dans le texte un certain nombre d’anachronismes. Quelques tournures de phrases qui m’ont paru trop modernes et l’apparition du mot “vaccin” avec au moins cinq ans d’avance, qui plus est dans un sens métaphorique.

Vous me direz, c’est mineur. C’est vrai, mais les amateurs d’uchronie – genre, moi – ont tendance à être des pinailleurs. Surtout s’ils sont historiens. J’ajoute sur ce plateau de la balance que l’ensemble est un peu succinct; on aurait gagné à avoir un peu plus d’explications sur le renversement de la Révolution, mais ce n’est pas capital.

À côté de cela, Napoléon en Amérique est un texte plutôt plaisant, dont le format épistolaire permet d’aborder plusieurs aspects de la vie des protagonistes. Il y a Napoléon, bien sûr, ainsi que son frère Joseph, mais surtout Émilie Dessart, fille d’un planteur de Louisiane qui tombe amoureuse des idéaux de la Révolution et, dans la foulée, de Napoléon. Quelque part, c’est plus elle la principale protagoniste de cette histoire.

Ce format permet de multiplier les points de vue sur le personnage et sur l’époque. Ainsi, plusieurs lettres sont signées par un John Andrews, un agent du gouvernement américain qui suit de près les événements de Louisiane.

Comme souvent dans les uchronies, il y a beaucoup de clins d’œil à la “vraie” Histoire. Toute la question de l’esclavage et de la condition féminine sous-tendent cette histoire et, surtout, la difficulté de mettre en place des idéaux progressistes dans un contexte où un curieux mélange de pragmatisme – surtout économique – et de préjugés domine.

En plus, l’auteur a le bon goût d’échapper à ce que les anglophones du forum Alternate History appelleraient sans doute du “Napowank” – en d’autres termes, un histoire trop favorable à Napoléon, limite hagiographique. Certes, le bonhomme finit président des États-Unis, mais aussi abattu avant de mettre en place une présidence à vie. Et son rêve se conclut par une guerre civile.

Du coup, on a certes un Napoléon Bonaparte génie militaire, qui remporte des batailles à un contre dix par ses tactiques hétérodoxes et qui fait montre d’un authentique charisme, mais on voit aussi poindre l’autocrate, le personnage politique qui supporte mal la critique.

Au final, ce Napoléon en Amérique est plaisant; pas turbogénial, mais bien écrit et bien pensé. En tout cas bien plus convaincant que le Jour J sur ce thème – que je n’avais d’ailleurs pas chroniqué. Sa forme, courte et sous forme de lettres, est sans doute un gros plus.

À conseiller aux amateurs d’uchronies napoléoniennes – et aussi aux autres formes d’uchronie.

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