Steven Wilson: The Raven that Refused to Sing (and Other Stories)

Ces temps-ci, les deux tendances lourdes que l’on distingue dans le rock progressif, c’est d’une part une école moderne qui lorgne vers Porcupine Tree et, d’autre part, les tenants de ce que j’appelle le rétro-progressif, qui reprennent des sonorités de « l’Âge d’or ». Steven Wilson, avec The Raven that Refused to Sing (and Other Stories), semble avoir voulu faire les deux, en alternance.

Rappelons, pour ceux qui ne sont pas sortis de leur cave depuis le départ de Peter Gabriel de Genesis, que Steven Wilson est un petit prodige du rock progressif, notamment avec son groupe Porcupine Tree, mais également en tant que producteur et au sein de la maison de disque K-Scope – qui publie Anathema, entre autres.

Sur cet album, il livre une œuvre qui semble nettement moins personnelle que sur son précédent effort solo, mais qui fait montre (à défaut d’originalité) d’une très grande maîtrise de son sujet. Ainsi, l’album entame le premier de ses six morceaux, « Luminol », par un instrumental yessien en diable, suivi par une brève partie chantée que, si je n’avais pas su de qui il s’agissait, j’aurais sans doute attribuée à The Tangent, un des groupes pionniers du rétro-progressif.

C’est ici un compliment. Même si je ne suis pas enthousiaste par les dernières compositions de The Tangent, « Luminol » est du niveau de ce que la bande d’Andy Tillison avait réalisé sur l’exceptionnel A Place in the Queue. C’est brillant et maîtrisé, réminiscent d’un Yes modernisé sans verser dans le plagiat ou le pastiche.

« Drive Home » est bien plus dans la lignée de Porcupine Tree, un morceau lent et mélancolique qui ne fait « que » sept minutes et demie, mais qui réserve de très belles ambiance. Suit « The Holy Drinker », qui va chercher les sonorités d’un Emerson Lake & Palmer pour les accoupler aux constructions alambiquées de King Crimson ou de Van der Graaf Generator en une orgie de sons plus ou moins discordants.

Là encore, c’est peut-être la lecture de The Apocalypse Codex qui m’influence, mais on pressent rien qu’à la musique que le buveur en question n’a pas grand-chose de sacré; il doit boire des trucs que l’on ne sert que dans des bouteilles de Klein…

« The Pin Drop » ressemble plus à du Anathema qu’à du Porcupine Tree, surtout par sa guitare acoustique en intro, mais réserve quelques surprises musicales en son sein, notamment des harmonies vocales déroutantes en interlude; c’est la piste la plus courte de l’album, avec un peu plus de cinq minutes.

Il enchaîne avec « The Watchmaker », un dernier morceau « grand format » (presque douze minutes) dont l’introduction aurait pu être sorti du répertoire de Genesis époque Trespass (voix au phrasé gabrielien incluse), si ce n’était une production qui ne sent pas le vieux. Le morceau diverge ensuite doucement vers des ambiances plus modernes, tout en gardant des sonorités typiques du Genesis de l’époque.

Le morceau-titre qui conclut l’album reprend des thèmes musicaux d’Anathema (similaire au « Untouchable, Part 2 » de Weather Systems), avec un rythme lent qui monte en puissance tout au long des presque huit minutes de la piste, pour conclure en une sorte d’apothéose.

Paradoxalement, Steven Wilson est presque plus convaincant quand il ne cherche pas à faire du Porcupine Tree, mais il reste de toute manière un compositeur exceptionnel capable d’assimiler et de reprendre à son compte les grandes influences du genre pour en faire, au final, quelque chose de sinon original, du moins nouveau et, dans tous les cas, très impressionnant.

The Raven that Refused to Sing (and Other Stories) n’est peut-être pas le meilleur album de cette année, mais il a largement sa place dans les dix premières places.

En bonus, l’étrange et magnifique clip animé de « The Raven That Refused to Sing ».

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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