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Abandonner le terrain aux trolls?

C’est une tendance que je suis déjà depuis quelques temps: certains de mes contacts ou amis se retirent volontairement, de façon temporaire ou définitive, des réseaux sociaux, le plus souvent face à des attaques violentes ou à une ambiance globalement toxique. Dans le même temps, je lis pas mal d’articles ou de billets d’humeur qui se plaignent que tel ou tel site est de plus en plus un repère de trolls.

Le fait est que les réseaux sociaux ont un effet multiplicateur sur les individus les moins fréquentables de la planète: derrière le masque du pseudonymat, certaines conventions sociales sautent. De plus, les opinions extrémistes s’organisent plus facilement et, du coup, ce qui pouvait n’être qu’un comportement isolé, une anomalie statistique, peut se transformer en attaque de meute.

Pour ne rien arranger, entre les mauvaises habitudes des usagers et la sécurité flageolante de la plupart des sites, les attaques personnelles – le doxing, par exemple – sont facilitées et amplifiées. Dans les cas les plus graves, les victimes se retrouvent culpabilisées, comme le racontait récemment Violet Blue dans un article édifiant.

Le problème est à mon avis double: d’une part, en effet, les trolls tendent à proliférer, surtout dans les environnements où la modération est faible ou nulle. Et, quoi qu’on en dise, sur les grands sites, la modération est nulle; sur Facebook, elle est visiblement plus occupée à censurer du nibard sur les pages d’artistes qu’à chasser les harceleurs et les racistes.

D’autre part, les gens décents se barrent, comme ceux que je mentionne plus haut. Je peux les comprendre: les environnements toxiques, les casse-gonades en série et le harcèlement à la chaîne, c’est pas marrant. Même quand on a une certaine habitude des réseaux, genre “je faisais le cowboyz sur les chans IRC avant que le web n’existe”. Oui, c’est du vécu.

On se retrouve donc au final avec une impression que non seulement les comportements néfastes pullulent, mais qu’en plus rien n’est sérieusement fait pour y mettre un terme. Et que comme les gens intéressants vont voir ailleurs s’ils y sont, l’exercice ressemble de plus en plus à la fouille d’une décharge publique à la recherche d’hypothétiques pépites.

Personnellement, je suis contre l’idée d’abandonner le terrain aux trolls. C’est un peu une question de principe. Si je devais définir un plan d’action, ce serait d’abord, de ne pas nourrir inutilement la polémique; répondre aux provocations de façon posée et argumentée et, en cas de mauvaise foi avérée, bloquer, le cas échéant dénoncer aux modérateurs.

Ensuite, filtrer un maximum. Comme je l’avais expliqué il y a quelques semaines, la bonne utilisation de filtres divers permet de se débarrasser d’une bonne dose des scories – même si je suis régulièrement consterné par la quantité de producteurs de bouses que je dois continuer à bloquer. Je bloque rarement les utilisateurs, mais plutôt les sources.

Enfin, soutenir ceux qui font l’objet d’un harcèlement. Ce n’est pas toujours très facile – surtout si on a bloqué des utilisateurs, car on ne verra plus leurs agissements – mais c’est à mon avis indispensable. Ça permet de dire à la victime qu’elle n’est pas seule, ce qui a le double effet de la soutenir elle et d’envoyer un message à l’agresseur. Parfois, il ne suffit pas de grand-chose pour décourager les roquets.

Après, je suis à peu près certain que, de temps à autre, je fais moi-même le troll; dans ce genre de cas, il ne faut pas hésiter à me le mentionner.

(Image: HAZMAT training, Win Henderson / FEMA via Wikimedia Commons, domaine public)

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