« Anamnèse de Lady Star », de L.L. Kloetzer

Lorsque j’ai pris Anamnèse de Lady Star, signé L.L. Kloetzer, je savais déjà que ça n’allait pas être simple – ne serait-ce que pour l’emploi d’un terme comme anamnèse, qu’il m’a fallu chercher sur Wikipédia. Un mot plus simple aurait été moins précis et on peut dire que, dans cet ouvrage, ses quatre définitions s’appliquent.

Roman de science-fiction se déroulant autour d’un événement particulièrement brutal de l’histoire – le Satori, un attentat qui tue une grande partie de la population humaine – il raconte les efforts des survivants pour, d’une part, comprendre ce qui s’est passé et, d’autre part, s’assurer que l’arme employée ne puisse jamais être reproduite.

Car la « bombe iconique » est une arme mémétique: une série de signes et d’images qui, non seulement causent l’effondrement psychologique total des victimes, qui se laissent littéralement mourir, mais est en plus « contagieuse », transmissible d’un simple regard.

On peut donc dire que Anamnèse de Lady Star est un livre qui parle de mémétique, de mémoire, d’histoire et d’archéologie numérique. Mais pas seulement. Il parle également de la recherche d’une femme pas comme les autres, une « extra-terrestre » (l’est-elle vraiment?) qui se nourrit de l’attention qu’on lui porte et qui est au cœur du Satori.

C’est un livre ambitieux. Il traite de thèmes peu courants dans la littérature de science-fiction: pandémie (on peut le comparer, dans sa forme et aussi son fond, au World War Z de Max Brooks; le syndrome mémétique transmis par le Satori s’apparentant beaucoup à un virus zombie), transhumanisme, mémoire humaine et numérique, histoire et vérité, univers virtuels.

Les chapitres s’attachent le plus souvent à des personnages et une époque donnée; on passe très souvent du point de vue et du témoignage d’un protagoniste à celui de Magda, la jeune chercheuse en archéologie numérique qui cherche à reconstituer la vérité, retrouver la femme qui apparaît en creux dans les archives.  Des témoignages rarement exacts, souvent faussés par des mensonges, des oublis. Mon âme d’historien ne peut qu’approuver.

Il y a un côté véritablement bluffant dans l’écriture, qui décrit le monde et ses différentes époques sans jamais réellement les décrire; Kloetzer est très doué pour nous présenter son contexte en immersion, contexte dans lequel les lecteurs de Cleer vont retrouver certains principes, certaines idées. Les témoignages sont également autant de voix propres. On peut y croire.

Je suis cependant moins enthousiasmé par certains côtés du bouquin, à commencer par des personnages qui ne sont pas très intéressants. Je n’ai pas senti les protagonistes comme étant au cœur de l’ouvrage et c’est un peu dommage: j’ai lu le récit de ce qui leur arrive sans réellement m’y attacher. Je dois avouer également avoir eu pas mal de difficulté avec certaines scènes, surtout au début, d’humiliation et d’avilissement (et sur les relations maître-esclave/élève) – même si elles sont justifiables.

Le rythme est aussi un peu bizarre, avec des chapitres souvent très introspectifs et longs, puis une accélération soudaine vers la fin, avec un dernier chapitre très haché et un peu déconnecté du reste de l’histoire. L’effet est sans doute voulu, mais il est très déconcertant et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que j’avais dû (moi ou l’auteur) en manquer un bout.

Plus généralement, Anamnèse de Lady Star souffre d’un côté très intellectualisé: il contient beaucoup de Concepts à Majuscule et assez peu de recul, ce qui est assez rapidement pesant (voire pédant); si j’étais méchant, je dirais que c’est un peu le « mal français » en matière de littérature. En fait, je dirais qu’il a les mêmes forces et faiblesses que Cleer, mais là où certains des défauts de Cleer tendaient à renforcer l’ambiance bizarre du livre, ils desservent plutôt l’intrigue d’Anamnèse.

Cela dit, au final, j’ai trouvé dans Anamnèse de Lady Star un très bon bouquin de science-fiction, sur des thèmes peu courants et pas évidents à traiter. Ambitieux, sans doute; trop, peut-être. Il est peut-être un ton en-dessous de Cleer en ce qu’il me paraît plus décousu et moins immersif, mais cela ne m’empêchera pas de le recommander aux amateurs de science-fiction atypique.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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7 réponses

  1. Roboduck dit :

    Intriguant. Je me le note dans un coin, en tout cas.
    Roboduck Articles récents…Tomates de deuxième générationMy Profile

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