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« Apex », de Ramez Naam

« Apex », de Ramez Naam

Bon, autant faire péter le suspens immédiatement: Apex, conclusion de la trilogie Nexus de Ramez Naam, est une digne conclusion de ce techno-thriller d’anticipation transhumaniste. Pour poser les choses, il commence par un échange nucléaire généralisé. Enfin, pas tout à fait, mais c’est pour dire.

Apex se déroule sur deux axes doubles: le premier, aux États-Unis, suit en parallèle deux personnages que tout oppose. D’une part, l’un des co-créateurs du Nexus, nanodrogue capable d’installer un OS dans le cerveau et de relier celui-ci à d’autres cerveaux pareillement équipés, en marge de manifestations monstres contre le président, réélu dans des conditions douteuses. D’autre part, l’une des proches conseillères dudit président, qui enquête sur des morts suspectes ayant un lien avec le Nexus et un « Front de libération post-humain », qui semble être une machination politique.

En Asie, on suit Kaden Lane, le principal concepteur du Nexus, dans sa fuite vers l’Inde avec des enfants connectés par Nexus, pendant qu’à Shanghai, l’esprit numérisé de Su-Yong Shu, brillante scientifique chinoise tuée à la fin de Nexus, devenu folle à force de confinement et de tortures, lance sa grande offensive pour devenir la nouvelle déesse de l’humanité. Ou plutôt, de la transhumanité. À moins qu’elle ne détruise le monde avant.

Le contexte de ce début d’année 2041 est fait de bouleversements climatiques, de puissances émergentes et de technologies massivement disruptives. Le Nexus, qui est l’exemple premier, est à la fois un formidable outil de libération et de connexion et une potentielle arme d’asservissement de masse, capable de transformer une personne en arme, un foule en armée et un peuple en un ordinateur capable de briser n’importe quel code. Ou de résoudre n’importe quel problème.

Apex est certes un techno-thriller, avec tout ce que ça comporte comme fusillades, explosions et situations tendues comme une corde à piano, mais il a pour toile de fond un contexte tout aussi explosif. L’ambiguïté des technologies émergentes – armes ou outils – est une des clés de la trilogie, mais c’est aussi un monde crédible dans sa représentation de la realpolitik face aux aspirations idéalistes.

Il y a également un arc très intéressant autour du couple d’acteurs chinois, devenus malgré eux des égéries du régime et qui doivent vivre tiraillés entre l’héroïsme de leurs personnages à l’écran et leur rôle social au service du pouvoir. Fatalement, à un moment, ça pète.

Il y a très peu de vrais salauds parmi les protagonistes, ni de vrais héros: Rangan est marqué par sa « trahison » dans les geôles américaines, Lane a conscience que son Nexus a été utilisé pour asservir et pour tuer, Shu est rongée par la folie et les dirigeants américains et chinois sont persuadés d’agir pour le bien de leur nation.

Le rythme soutenu du deuxième tome, Crux, se poursuit tout au long de ce long troisième volume et les derniers chapitres se dévorent. Les chapitres sont d’ailleurs souvent courts et accentuent le côté haletant de l’ouvrage et on sent bien que le monde est à cinq minutes de sa destruction finale.

Apex a fini de lever mes appréhensions sur cette trilogie; peut-être qu’un jour, je relirai le premier tome en anglais pour vérifier s’il s’agit d’un problème de traduction, de rythme propre à l’ouvrage ou alors d’Alias qui n’a rien compris au bazar. Toujours est-il que je vous recommande avec enthousiasme la lecture de cette impressionnante série.

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