Optimist and Pessimist

L’avenir appartient-t-il aux vieux cons?

Vendredi dernier – évidemment, il fallait que ce soit un vendredi – j’ai vu passer sur Twitter une infographie qui expliquait, en gros, que le vote du Brexit pouvait s’expliquer partiellement par le fait que l’électorat de 65 ans et plus avait massivement voté “Exit“, alors que les 18-25 ans, qui étaient plutôt “Remain“, avaient peu voté.

Dans la foulée, un certain nombre de commentaires ont fait remarquer que les chiffres étaient discutables. Ce qui est peut-être vrai dans ce cas précis, mais ça n’empêche pas que la tendance lourde, c’est que, de plus en plus, les vieux votent pour décider de l’avenir des jeunes.

La raison en est simple et si elle semble en mystifier certains, elle peut se résumer en trois mots: pyramide des âges. C’est un truc que je me souviens avoir étudié au Cycle d’orientation – l’équivalent genevois du Collège français – et qui montre la répartition de la population par tranche d’âge.

On parle de “pyramide”, mais celle de nos nations développées a plutôt tendance à tenir sur la pointe: peu de naissances, des adultes qui vivent de plus en plus longtemps. Bienvenue dans un monde de vieux!

Bon, techniquement, ce n’est pas nouveau: la plupart du temps, les nations sont dirigées par les Anciens, dépositaires de la sagesse et tout ça. Mais l’avènement de la démocratie avait permis de modérer cela et de permettre – en théorie tout au moins – la montée en puissance d’idées progressistes.

Je suppose qu’il y aurait des parallèles à tirer entre la remise en cause de l’autorité parentale – paternelle, surtout; il y a aussi l’émancipation politique des femmes – le rajeunissement de la classe politique et l’évolution des lois sociales au long du XXe siècle. Toujours est-il que, même sans forcément déboulonner les caciques, ça pourrait expliquer pas mal des changements de l’époque.

Mais quelque chose a cassé. À mon avis, c’est en partie dû à la fin des “Trente Glorieuses”, qui flingué le rêve d’avoir un progrès économique et technologique qui assure aux générations suivantes un niveau de vie supérieur à celui de leurs parents.

Aujourd’hui, on a une classe politique qui verrouille de plus en plus sa position – le vieil adage qu’avec l’âge, les administrations cherchent de plus en plus à assurer leur propre survie qu’à remplir leur fonction première – et une jeunesse qui tend de plus en plus à s’en méfier.

Le résultat, c’est que les vieux décident de l’avenir des jeunes à leur place. Comme disait le Proviseur Brown, c’est moche.

La partie qui me déprime le plus, dans cette histoire, c’est que je sens bien que, moi-même, je commence à glisser vers le conservatisme, avec l’âge. Je n’ai pas encore cinquante balais – ça arrive – et je vois bien cette tendance à considérer que, comme disait Douglas Adams, les changements vont contre l’Ordre Naturel des Choses.

Quelque part, je comprends ça. Ce que je ne comprends par contre pas, c’est que la jeunesse abandonne le terrain. Enfin, si, je le comprends. La démocratie est de plus en plus verrouillée, les questions contrôlées et leurs réponses interprétées par un pouvoir qui peine à se remettre en question – pour rester gentil.

Du coup, il est facile de croire que voter ne sert à rien; “si ça changeait quelque chose, ce serait interdit”. Sauf que ça a déjà changé les choses. Et, à l’opposé, on peut dire qu’en temps normal, le vote va se faire naturellement dans le sens du statu quo. Et, dans des situations tendues, incertaines ou de crise, il est alors très facile de faire glisser les opinions vers des “solutions” sécuritaires, ou prétendues telles.

À ce stade, la seule fatalité est celles qu’on se crée nous-mêmes: ne pas voter revient à même chose que de continuer à voter pour des vieux – ou pour des idées de vieux. Il y a des alternatives, même si elles ne sont pas évidentes et si, de plus en plus, les systèmes politiques en place visent à les éliminer.

(Image: “Optimist and Pessimist”, tableau de Vladimir Makovsky (1893), via Wikimedia Commons, domaine public.)

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