Blake et Mortimer: Le Bâton de Plutarque

Blake et Mortimer: Le Bâton de Plutarque

En théorie, Le Bâton de Plutarque, nouvel opus des aventures de Blake et Mortimer, aurait tout pour me plaire: des aventures uchroniques se déroulant pendant la Deuxième Guerre mondiale, avec plein d’armes secrètes, qui tente de raccrocher les wagons avec le célébrissime Secret de l’Espadon. Sauf que ça peine à prendre.

Le problème, à mon avis, c’est que ça essaye trop fort. La bande dessinée, signée Yves Sente au scénario et André Juillard au dessin, est bourrée de bonnes idées, mais également de maladresses. Surtout pour quelqu’un qui est, comme moi, un maniaque de l’uchronie.

Remettre le capitaine Francis Blake et le professeur Philip Mortimer dans un contexte historique, le premier comme pilote d’essai, puis intégré au MI6 et le second comme scientifique faisant la navette entre le très historique centre de Bletchley Park et la très fictive base de Scaw-Fell, est une des bonnes idées. On s’amusera au passage à reconnaître des visages célèbres parmi les savants de Bletchley Park; l’ouvrage évite d’ailleurs le name-dropping trop courant dans les ouvrages uchroniques.

Le point sans doute le plus intéressant, c’est la « première » apparition du colonel Olrik, sur lequel on apprend plus: des origines hongroises, une éducation asiatique, un talent certain pour les langues slaves, un indéniable génie tactique et une arrogance coulée dans le bronze.

Pour autant, Le Bâton de Plutarque commence sur une scène, certes très impressionnante – l’attaque du Parlement de Londres par une aile volante allemande (un Horten Ho-229 aux proportions très discutables) – mais qui tombe comme totalement artificielle et difficilement crédible.

La suite de l’intrigue, centrée sur une opération d’intoxication des services de l’Axe pour attirer un maximum de sous-marins allemands en Méditerranée, sert de prétexte pour montrer en filigrane les plans de conquête de Basam Damdu, l’Empereur Jaune du Secret de l’Espadon. Mais rien ne nous expliquera comment ledit empereur a pu amasser, depuis le Tibet, une armée qui va mettre à genoux la Terre entière quelques années plus tard.

Disons les choses ainsi: si l’effort est louable, Le Bâton de Plutarque se heurte vite aux limites d’un exercice qui consiste à poser des bases crédibles à une bande dessinée écrite il y a près de septante ans. Et je crois que, même avec la meilleure volonté du monde, un tel cahier des charges est irréalisable: il faudrait également gérer le côté limite raciste du Secret de l’Espadon et son « péril jaune » avant l’heure, difficile à assumer aujourd’hui.

Hormis cela, ce nouveau tome est plutôt agréable à lire, dans son genre suranné. Il est nettement moins nawak que L’Onde Septimus et le dessin est complètement dans le ton de l’œuvre de Jacobs. Les amateurs de l’œuvre originelle s’y trouveront en terrain de connaissance.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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2 réponses

  1. K von Murphy dit :

    J’ai bien aimé ce tome, surtout en comparaison de certains des précédents tomes, complètement loupés.

    Le Péril jaune est depuis très longtemps dans l’air du temps (voir « Péril jaune » sur Wikipédia), on est donc bien dans l’ambiance des années 50.

    Quant à la puissance de l’Empire du Tibet, je pense que c’est comme les astronefs qui vont plus vite que la lumière en SF, ou la colonisation de planètes entières, une quasi-impossibilité matérielle sur laquelle on passe pudiquement pour apprécier l’histoire 🙂
    K von Murphy Articles récents…« Le premier homme à jeter une insulte plutôt qu’une pierre est le fondateur de la civilisation. »My Profile

    • Alias dit :

      Oui, il faut quand même une grosse suspension d’incrédulité. En tant que grand fan de l’uchronie, c’est quand même un truc sur lequel j’ai du mal.

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