Charlie Jade

Ces dernières semaines, pour ne pas faire comme tout le monde, nous avons regardé à la télé un truc qui se passait en Afrique du Sud. Je vous rassure tout de suite (ou pas): il s’agit d’une sérié télévisée, coproduite par des Sud-Africains et des Canadiens, Charlie Jade. Vous n’en avez jamais entendu parler, malgré le fait qu’elle date maintenant de cinq ans? C’est normal: dans le genre bidule bizarre, c’est du lourd!

Charlie Jade, détective privé dans la ville futuriste de Cape City, se retrouve impliqué dans un accident/sabotage sur le site d’un réacteur expérimental construit par Vexcor la corporation dominante de la région. Quand il se réveille, il est dans un univers qui lui paraît différent: le nôtre. Il n’est pas le seul: Rina, qui vient d’un troisième univers et qui avait contribué à la destruction du site dans son monde, s’y retrouve également catapultée.

Mélangeant cyberpunk, univers parallèles et certains des codes du roman noir, Charlie Jade est une série qui mélange également des moments de pur génie et une trame générale assez brillante avec un rythme de narration abominablement lent et décousu. La plupart des gens que j’ai interrogé sur le sujet n’ont pas tenu au-delà du quatrième épisode.

Et c’est bien dommage: c’est environ vers le sixième épisode que la série commence réellement à se développer et montrer son potentiel. Et, du coup, cette narration si agaçante devient une des forces de la série. Certes, c’est toujours lent et décousu, mais pas sans raison et on se prend à penser que, filmée comme un blockbuster, la trame perdrait beaucoup de son intérêt. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est une série qui se mérite, mais elle sait récompenser les fidèles par de véritables pépites scénaristiques.

La côté visuel est également très travaillé – trop, peut-être. Chaque univers a ses codes visuels et ses couleurs propres, ce qui aide un peu à s’y retrouver. Les acteurs, en grande partie inconnus, sont tous très honnêtes et campent des personnages pour la plupart crédibles; certes, il y a Charlie Jade, qui est à peu près incalable quand il est lancé, mais qui a ses parts de faiblesse, et surtout 01, le cinglé de service avec une histoire sérieusement tarabiscotée et qui nous propose régulièrement des grands moments.

C’est peut-être la plus grande force de la série: sa crédibilité – au-delà donc du fait qu’il s’agisse d’une histoire d’univers parallèle. Les personnages agissent de façon crédible (sinon rationnelle) et on a somme toute assez peu de divinités sortant de la machine proverbiale. À part la fin, qui est passablement confuse et incompréhensible, même selon les standards de la série; le fait qu’on l’ait vue avant l’avant-dernier épisode à la suite d’une erreur de télécommande n’aide sans doute pas. N’empêche qu’on a pensé très fort à Evangelion, ce qui n’est pas une bonne nouvelle. C’est sans doute dû au fait qu’une deuxième saison avait été prévue au-delà des vingt épisodes diffusés, mais elle n’a jamais été produite.

Selon un blog (en anglais) découvert récemment, l’Afrique est cyberpunk. Sans être archétypiquement africaine, Charlie Jade illustre assez bien cette idée avec un cyberpunk sud-africain très particulier, entre les traditionnelles corpos toutes puissantes et des thèmes plus récents, comme la surveillance ubiquitaire (avec ses insectes-espions). Une série à découvrir, si vous en avez la patience.

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