Création et prix libre: le cas « Erdorin »

Ceux qui suivent le Tigres Volants Central auront certainement vu passer les quelques quarante-cinq épisodes de mon roman-feuilleton Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde – plus la petite dizaine de Fragments d’Éternité. Maintenant que la parution de ce qui ressemble beaucoup à un premier tome est terminée, l’heure est à un petit bilan financier.

En clair, être auteur à « prix libre », ça rapporte quoi?

Le concept du prix libre, popularisé par Ploum (entre autres), ça consiste en gros à reformuler le paradigme « c’est sur Internet, donc c’est gratuit » en « c’est payant, mais vous payez ce que vous voulez – même un commentaire ou rien ».

Dans le cas d’Erdorin, je propose plusieurs méthodes de paiement: les micro-dons via Flattr ou ChangeTip, le don direct via PayPal ou Bitcoin et le parrainage Tipeee. Je pense qu’il vaut mieux proposer plusieurs choix qu’un seul, ça permettra à celui qui n’utilise que l’un ou l’autre de ces services de passer plus facilement à l’acte.

Soyons clair: il y a des choses qui fonctionnent mieux que d’autres: je n’ai par exemple rien reçu via Bitcoin ou ChangeTip. Cela me déçoit un peu, surtout pour ChangeTip, mais cela ne m’étonne pas tant que ça. Bitcoin est encore une technologie peu développée et un peu lourde à mettre en place.

Le plus gros des dons provient de versements PayPal: en tout, huit dons de sept personnes différentes, entre €2 et €10, pour un total de €39.54 (inclus la comm’ de PayPal). Ceci inclut un don reçu par l’entremise de la plateforme Atramenta.

Suit le parrainage via Tipeee; celui-ci n’a commencé qu’en août, mais a tout de même rapporté €15.64 (inclus la comm’ de Tipeee); au coup par coup, c’est peu, mais sur la durée, ça rapporte quelques sous quand même. Flattr ne m’a pas beaucoup rapporté, en comparaison: €7.61 en quelques 23 clics.

Donc, au total, j’ai reçu environ soixante euros en un peu moins d’un an, le premier don étant arrivé début juin 2014. C’est à la fois peu et beaucoup.

Peu, parce que si j’étais auteur pro, je ne pourrais clairement pas compter là-dessus pour vivre. Surtout si on prend en compte que j’ai dépensé une somme que je qualifierais de certaine pour les illustrations de Psychée (plus d’une cinquantaine) qui, je suppose, sont responsables pour une bonne part des lectures – et donc des dons – que j’ai reçues. Le montant couvre un peu plus de 2% des sommes investies; pas terrible, comme retour sur investissement!

Beaucoup, parce que je n’ai pas exactement fait beaucoup de bruit autour de ce prix libre. Je n’attends pas après cet argent pour vivre – ce qui, on l’a vu, est assez heureux – et je n’insiste donc pas particulièrement sur la partie « envoyez-moi des Sioux ».

Dans le même temps, Psychée, précisément, recueille une centaine d’euros par mois avec Tipeee pour son roman Les Chants de Loss. Il faut dire aussi qu’elle en fait une promo active, ne serait-ce que parce qu’elle compte sur sa création pour vivre, elle.

Après, je soupçonne que beaucoup d’auteurs n’ont même jamais touché soixante euros en un an.

Je reste donc persuadé que le prix libre est, pour les créateurs de tous poils, une approche qui peut permettre d’obtenir un revenu d’appoint non négligeable. Il requiert néanmoins une bonne dose de pédagogie, voire d’évangélisation – mais après tout, c’est aussi le boulot de l’auto-éditeur de faire sa propre promo.

Rien n’empêche d’ailleurs de le combiner avec des méthodes de vente plus traditionnelles, par exemple en proposant la version pré-publiée en ligne à prix libre et en vendant les versions électroniques compilées et/ou les versions papier à prix fixe.

En conclusion, je dirais que le prix libre dépend beaucoup des auteurs eux-mêmes, d’à quel point ils ont envie de faire vivre le modèle. Comme je l’ai écrit précédemment, en ces temps où l’industrie culturelle vient se poser en modèle unique, c’est le moment de montrer qu’il existe des alternatives.

Et, au passage, lisez et relisez Amanda Palmer et Cory Doctorow, parce que ces deux-là, entre autres, posent les bases de la création à prix libre.

(Image « Fully Functional Tip Jar, Ideal Cafe, Queen Street, Toronto, Ontario, Canada » par Cory Doctorow via Flickr – ça s’impose – sous licence Creative Commons, partage dans les mêmes conditions.)

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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2 réponses

  1. Guillaume Stellaire dit :

    loool
    Guillaume Stellaire Articles récents…Elon Musk veut retirer le volant aux conducteurs humainsMy Profile

  2. Alias dit :

    Je rajoute ici des informations issues d’une discussion sur le forum Casus NO:

    Le retour sur expérience est intéressant, mais sauf erreur de ma part, tu ne parles pas du nombres de téléchargement (peut-être n’avait pas d’outil à ta disposition pour compter). Hors dans ce cas précis, ce qui compte c’est le nombre de téléchargement. Si 20 personnes sur 40 ont donnés de l’argent, ou si 20 personnes sur 5000 en ont donné, c’est quand même pas pareil. Est-ce qeu tu as ce chiffre ?

    Plus ou moins. C’est un peu compliqué, car chaque « livre » a quatre variantes (PDF ou EPUB, illustré ou non), plus la version pré-publiée directement dans les pages du site et celles sur les sites Wattpad et Atramenta; de plus, le premier a été beaucoup plus téléchargé que les suivants. J’estime, un peu à la louche, que je dois arriver à une moyenne de 100-150 téléchargements par « livre ».

    À une vache près, ça doit faire un don tous les 10-20 téléchargements.

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