“Crown of Slaves” et “Torch of Freedom”, de David Weber et Eric Flint

Crown of Slaves et Torch of Freedom, de David Weber et Eric Flint, sont les deux tomes d’un spin-off de la série “Honor Harrington”, qui se situent entre les trois derniers épisodes de la série. Ceux qui, comme moi, ont suivi la série originelle avant de s’intéresser à cette histoire parallèle ont déjà croisé certain des personnages, notamment l’improbable duo d’espions Anton Zilwicki et Victor Cachat, respectivement de Manticore et du Havre (deux nations qui, je le précise pour les ceusses qui ne sont pas au fait des évènements, sont en guerre depuis plusieurs décennies).

C’est dans l’espoir de combler les trous apparus à la lecture de Mission of Honor que j’ai entrepris cette histoire – un peu à reculons, je dois l’avouer. J’avais tort: si ces deux ouvrages ont beaucoup des défauts communs à la série, l’adjonction d’Eric Flint est particulièrement bienvenue et apporte un peu de légèreté à une histoire passionnante – la création d’une nation stellaire d’esclaves libérés et les prémices de la grande bataille contre Mesa –, mais passablement indigeste.

Disons les choses clairement: les derniers ouvrages écrits par David Weber sont d’une richesse indéniable, mais d’un point de vue littéraire, ils sont assommants. C’est un festival de descriptions à rallonge, de plongées dans les arcanes de la politique interstellaire, de digressions historiques et autres monologues internes interminables de personnages secondaires (qui parfois meurent brutalement la seconde suivante), sans parler de la profusion desdits personnages secondaires. Pour un peu, je dirais que je soupçonne David Weber d’être plus un rôliste qu’un auteur.

Pour continuer dans la métaphore rôliste, je dirais que la bonne nouvelle, c’est que si on a un MJ pinailleur, on a aussi droit à un groupe de personnages-joueurs nettement plus pittoresque que la Mary Sue de service. Certes, Zilwicki et Cachat sont eux aussi des gros-bills dans leur genre, mais ils sont gros-bills avec style. Et surtout ils ont avec eux un encadrement de seconds rôles plus ou moins bras cassés – à commencer par le non moins infernal duo des jeunes filles indignes, Berry Zilwicki/Ruth Winton, respectivement fille de l’espion en question devenue reine des ex-esclaves et nièce de la reine de Manticore apprentie-espionne.

C’est marrant, parce qu’à la lecture, j’ai distinctement senti la patte respective des deux auteurs: si c’est de la trame principale et des explications longues et complexes (ou des batailles spatiales), c’est sans doute David Weber; mais dès que les personnages font des bêtises, je parie sur Eric Flint. Je veux dire, je peux compter sur les doigts d’une main les traces d’humour dans les douze tomes des aventures d’Honor Harrington (son retour de prison où elle découvre avec effroi les multiples monuments à sa gloire érigés par tous ceux qui la croyaient morte est un exemple); dans ces deux bouquins, je rigolais en moyenne une fois par chapitre.

Il y a aussi le fait que les personnages ont une vie sexuelle – et pas toujours très politiquement correcte, non plus. Les habitués risque d’être choqués. Moi non, parce que j’avais déjà lu d’Eric Flint (et Dave Freer) Rats, Bats and Vats et sa suite.

Bref, Crown of Slaves et Torch of Freedom sont, à ma grande surprise, deux excellents ouvrages – meilleurs même que certains volumes de la saga originelle. Par contre, vu comment l’histoire est imbriquée dans celle de la série, je peux difficilement les conseiller à des personnes qui ne connaissent pas l’Honorverse ou qui n’ont pas encore lu At All Costs (Coûte que coûte en français).

Signalons pour finir que, comme d’habitude avec Baen Books, les deux volumes en anglais sont lisibles gratuitement en ligne sur le site de l’éditeur.

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2 réflexions au sujet de ““Crown of Slaves” et “Torch of Freedom”, de David Weber et Eric Flint”

  1. Je t’arrête, Honor Harrington n’est pas “la Mary Sue de service”. C’est “l’essence de la Mary Sue” !
    Récapitulons [spoilers]
    Nous avons un personnage surdoué, surfemme génétiquement amélioré, meilleure stratège de la galaxie, fabuleuse meneuse de troupe (militaire), pratiquante d’arts martiaux au meilleur niveau, capable de devenir tireur d’élite en un mois lorsque l’envie lui prend.
    N’oublions pas qu’elle est liée télépathiquement à un familier capable de lire les émotions des humains et avec le potentiel destructeur d’une tronçonneuse à ressort sous acide.
    Précisons que l’auteur a tenté d’échapper à l’étiquette “Mary Sue” en accordant un défaut à son personnage : le manque de confiance en soi…
    Ah, elle vient aussi d’un milieu populaire dans un empire aristocratique… …où elle finira amie proche de l’impératrice. Elle réussit le même tour de force dans une seconde nation, pourtant notoirement mysogine.

    Du coup, les deux nouveaux héros paraissent moins “parfaits”. Notons tout de même la force extraordinaire du premier, combiné à un talent d’espion qui emplafonne James Bond. Et la capacité d’analyse du second, tueur d’une rare efficacité lorsqu’il le faut…

    Répondre
    • Pour être réellement une Mary Sue, il faudrait qu’Honor Harrington soit également une projection de l’auteur et réussisse absolument tout ce qu’elle essaye.

      Mais je te l’accorde: le Honorverse est principalement peuplé de gros bourrins surmaxés.

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