Social Network Hub

De la schizophrénie des réseaux sociaux

À l’origine, une des révolutions promises par le Web 2.0 et les réseaux sociaux, c’est d’amener la “sagesse des foules” aux médias. Un média traditionnel, c’est bien souvent un axe de communication à sens unique: des élites vers la plèbe (oui, je caricature, mais c’est juste pour donner l’idée); les réseaux sociaux avaient pour idéal de donner la parole au plus grand nombre et de créer des conversation transversales qui, sans exclure complètement les élites, les dépossédaient de leur rôle directeur pour en faire juste une voix parmi d’autres.

C’est une idée que l’on trouve entre autres dans le Cluetrain Manifesto ou dans la deuxième Loi de Celine. Une grande et belle idée, qui ne fonctionne pas exactement comme annoncé. Qui est surpris?

D’une part, les élites trichent. Combien d’organisations ont créé leur compte Twitter ou Facebook (dans ce dernier cas, à l’encontre du règlement du site) pour jouer dans la cour des petits? D’un certain côté, c’est mieux que de créer des comptes bidons ou d’utiliser des employés pour faire de l’astroturfing, mais d’un autre côté c’est aussi détourner l’idée de base.

Bien évidemment, ce ne serait pas un problème si le public ne suivait pas. Les grandes références qui claquent ont encore de beaux jours devant elles et Kévin Lambda, internaute, semble préférer être “l’ami” Facebook de sa marque préférée plutôt que de suivre la voix moins officielle de ses ingénieurs.

Je ne peux pas m’empêcher de trouver ça dommage – même si je ne suis pas complètement exempt de reproche sur ce coup-là. Je ne dis pas que les représentants officiels n’ont pas leur place, mais je préférerais que les marques restent des marques et ne deviennent pas une sorte de personnification bizarroïde, façon icône païenne (encore que, poussé à son extrême, ça pourrait devenir un thème rigolo pour un univers post-cyberpunk).

L’autre truc qui me chiffonne m’est apparu à la suite de la conférence sur l’Internet chrétien à laquelle j’ai participé en juin. On y parlait de la présence des églises sur les réseaux sociaux, mais je pense que le concept de base peut s’appliquer à toute institution. La question que je me posais (et à laquelle personne n’a su me répondre de façon convaincante, d’ailleurs), c’est de comment faire pour que le dialogue soit vraiment un dialogue.

Je ne doute pas que les personnes qui sont présentes sur les réseaux sociaux au nom de leur institution / employeur soient sincères dans leur désir de dialogue avec le grand public, je suis par contre moins sûr que lesdits employeurs soient si désireux que cela d’entendre ce que leurs subalternes peuvent leur dire et, le cas échéant, réagir aux critiques potentielles.

L’idée de base des réseaux sociaux – ce grand dialogue global – est quelque chose qui me fascine et me donne de grands espoirs dans l’avenir de l’humanité. Dans le même temps, je me rends compte d’à quel point c’est un outil fragile et qui, un peu comme la démocratie, est facilement récupérable et détournable par des intérêts particuliers. Plus que jamais, je me dis que le développement de l’esprit critique est un des points les plus importants de l’éducation moderne.

(Image: “Social Network Hub” de Mathias Pastwa via Flickr, sous licence Creative Commons, pas de modification.)

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