Devin Townsend Project: Deconstruction / Ghost

Accrochez-vous à vos bretelles et préparez vos métaphores sur Janus ou Dr Jekyll et Mr Hyde: Devin Townsend, multi-instrumentiste canadien fou furieux, est de retour avec non pas un, mais deux albums: le surexcité Deconstruction et le sérénissime Ghost. Dans le genre contraste total, il est difficile de faire plus brutal! C’est un peu comme si Mike Oldfield et Rammstein décidaient de faire deux albums vendus ensemble.

Si Ghost est un album paisible, mélodique et éthéré, Deconstruction est une plongée dans un métal plus expérimental et chaotique que réellement progressif, un concept-album délirant sur la descente en Enfer d’un homme qui cherche le sens de la vie (qui se trouve être dans un cheeseburger, juste pour vous donner une idée du niveau). Et autant dire que Devin Townsend, avec son expérience de Strapping Young Lad (groupe inécoutable, même pour moi), a du répondant quand on parle de chaos.

Ce genre de montagnes russes, il faut le vivre pour y croire. C’est un peu un croisement entre Unexpect et Diablo Swing Orchestra, avec de l’ADN de Danny Elfmann et de death-metal (pour les hurlements), le tout sur des morceaux qui peuvent atteindre et même dépasser les dix minutes. Pourtant, ça commence tranquilou avec l’intro de « Praised the Lowered », mais c’est un piège: dès la moitié du morceau, ça commence déjà à partir en vrille et, si le début de « Stand » est lui aussi gentillet, il ne lui faut pas trois minutes pour attaquer sec.

À partir de ce moment, il est trop tard: on entre dans la folie townsendienne et c’est un déferlement de brutalité, de nawak assumé et de moments de grâce mélodique. Que ce soit dans des morceaux courts comme « Juular » et son ambiance de cirque ou l’ultra-bordélique « Pandemic », comme dans les monstres genre « Planet of the Apes » ou « The Mighty Masturbator », Devin Townsed laisse libre court à un génie créatif tellement foisonnant que, comme la plupart des musiques du genre extrême, on sort de son écoute épuisé.

Heureusement, il y a Ghost pour se reposer. Je vais sans doute être un peu plus lapidaire ou, à tout le moins, nettement moins dithyrambique sur ce deuxième opus (en fait, techniquement, c’est le quatrième, puisque ces deux albums font suite à Ki et Addicted!), mais ce n’est pas parce qu’il est moins bon. Comme mentionné, c’est juste le jour et la nuit et, du coup, à peu près incomparable.

Avec Ghost, on est dans le suave et le feutré, limite new-age; la musique se fait d’un seul coup toute douce, la voix qui quelques instants hurlait des insanités blasphématoires comme le premier métaleux nordique venu est devenue comme une caresse éthérée. Certains morceaux comme « Heart Baby » me rappellent curieusement l’OVNI de Nacho Cano, Un mundo separado por el mismo dios.

Rien que pour le contraste du même auteur/interprète se lançant dans deux projets liés, mais si dissemblables qu’ils pourraient tout aussi bien avoir été composés par deux personnes différentes, ce coffret Deconstruction + Ghost mérite l’intérêt des curieux et des mélomanes en général. Je ne parle pas des fans de base de Devin Townsend (belges ou autres), qui sont absolument incapables de faire preuve de la moindre retenue pour tout ce qui touche cet artiste – il est vrai hors norme.

Petit bonus: l’achat du CD vous donne droit au téléchargement de quatre morceaux de Ghost II, qui valent la peine.

(Article republié sur Progressive Area)

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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