« Dimension super-héros »

Je vous avouerai bien volontiers que ma lecture de Dimension super-héros, une anthologie en français parue chez Rivière blanche, tient beaucoup du copinage éhonté. Parce que bon, les super-héros, ce n’est pas trop ma tasse de thé. Ou de café. Pas que je déteste fondamentalement cela – contrairement à d’autres figures mythiques, comme les anges ou les vampires – mais ça ne m’intéresse que modérément.

Il n’y a pas que ça : le fait que cette anthologie parle d’une continuité superhéroïque franco-italienne, l’univers Hexagon, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, a également aidé, mais c’est surtout le « casting » qui m’a attiré : Romain d’Huissier, Julien Heylbroeck, Willy Favre, Anthony Combrexelle, Krystoff Valla, Ghislain Morel et Eric Nieudan, pour ne citer que ceux connus dans la rôlistosphère francophone, ça fait du beau monde !

Cela dit, le « beau monde », c’est bien ; les beaux textes, c’est mieux, surtout quand on parle de bouquins. Qu’en est-il de celui-ci ? Comme dans la plupart des anthologies (qui est un terme savant pour parler d’un recueil de nouvelles autour d’un thème donné), il y a du bon et du moins bon.

Sans trop de surprises non plus, celles qui m’ont le plus parlé sont celles qui s’éloignent le plus du cadre originel, à savoir des copies à la qualité discutable de super-héros des années 1970. Parce qu’il faut quand même dire ce qui est : quand on n’est pas fan du genre, les aventures de zozos en collants moule-burnes dessinées par des auteurs de fumetti il y a quarante ans, c’est moyennement sexy pour quelqu’un qui aime Watchmen et The Authority.

Et si, effectivement, certaines nouvelles s’essayent à une réécriture moderne des personnages, d’autres semblent s’enfermer dans le pastiche peu convainquant, que ce soit au niveau du style que des aventures. Dans l’ensemble, les histoires que j’ai préférées sont souvent plus proche du fantastique contemporain tendance pulp, comme La disgrâce de Cagliostro ou Les Autres, qui aurait presque mérité d’être à la fin de l’ouvrage en revisitant toutes les nouvelles sous un angle conspirationniste.

Notre ennemi commun, qui joue sur la notion d’échec et de superhéros vieillissants est très bien faite aussi, de même que Le Geis du shaman, pour à peu près les mêmes raisons (ainsi que son côté très The Authority dans le traitement des catastrophes à grand spectacle). Mention spéciale également à Pour une poignée de crucifix, sorte de croisement falkensteinien entre la série télé Kung Fu et Buffy, et à Ninouska, qui rappelle un peu The Laundry.

Maintenant, si je ne cite que ces cinq nouvelles, sur les quinze que comptent l’ouvrage, c’est parce que ce sont celles qui m’ont le plus plu ; le reste est également plutôt plaisant à lire. Surtout, un peu comme la Brigade chimérique, il met en lumière tout un pan insoupçonné (et oublié) de la culture populaire francophone, un univers riche et qui, au-delà de son affiliation au genre superhéroïque, peut servir d’inspiration à un peu tous les genres qui parlent d’aventure : fantastique historique ou contemporain, action-aventure, pulp, etc.

En fait, si j’ai un regret (en plus du style par moment un peu trop pastiche, que j’avais précédemment mentionné), c’est que je sens à la lecture de cette anthologie que les auteurs auraient pu y écrire des histoires qui se répondent. J’ai ressenti une impression curieuse à la lecture de certaines des nouvelles, l’impression d’y lire un autre point de vue de ce qui était expliqué dans un texte précédent, sauf que non ; ça aurait été sympa de lier un peu plus l’ensemble, pour qu’à la continuité de l’univers s’ajoute une continuité narrative.

Un autre défaut est que, sous mes latitudes helvètes (je précise, parce que je poste ce billet depuis Dubaï), ce n’est pas exactement un bouquin facile à trouver. Ce qui est dommage, parce qu’il y a beaucoup de matière intéressante dans les quatre-cents pages de ce Dimension super-héros. Alors si vous avez l’occasion de mettre la main dessus, n’hésitez pas !

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