Dure-Mère: Sangre

J’ai reçu récemment le courrier d’un lecteur, me disant en substance qu’il aimait beaucoup ce que je faisais et qu’il aimerait porter mes enfants (j’extrapole un peu, mais c’est pour le style) si je parlais de son groupe, Dure-Mère. Je suis donc parti sur son site télécharger les cinq morceaux – enfin, les quatre dont le téléchargement fonctionne – de l’album Sangre, qui y sont disponibles gratuitement sous licence Creative Commons, que j’ai ensuite écouté religieusement (vu que j’étais au bureau).

Hmm, comment dire? C’est spécial. Déjà, le coup du bandonéon dans le rock progressif, on ne me l’avait jamais fait! Un chroniqueur de ProgArchives parle de « La vie en rose revu par des français fous en mer » et c’est pas loin de la vérité. Le terme « tango progressif » apparaît également ici et là, ce qui est beaucoup plus proche de la vérité.

Trio montpeliérain de fous furieux emmenés par un bandonéon hystérique, Dure-Mère est un groupe qui, comme son nom l’indique, attaque un tantinet le cerveau. Sangre, qui est à l’heure actuelle le seul « vrai » album du groupe (qui a par ailleurs commis deux splits), comporte cinq morceaux qui, à une exception près, dépassent les dix minutes. Et, soyons clairs, dix minutes de tango déjanté, avec changements de rythme et acrobaties musicales limite cacophonique, ça peut être très long – et parfois très dur!

Ce qui ne veut pas dire qu’il s’agit d’un mauvais album, au contraire: il y a énormément de créativité dans Sangre et des idées brillantes au service d’une musique dont, le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’elle n’est pas banale. Le défaut, c’est que c’est peut-être un peu trop pas banal et certainement trop créatif.

Cela peut paraître paradoxal, mais s’il existe des groupes qui tendent à avoir une seule bonne idée et la diluer dans une heure de soupe, Dure-Mère fait un peu le contraire et bourre ses morceaux d’idées géniales jusqu’à saturation, puis en rajoute encore un petit peu; à ce rythme, on finit par craindre que l’album s’effondre sur lui-même pour créer un trou noir musical, pas par excès de vide, mais au contraire par excès de matériel.

Bref, Sangre est un album qu’il faut aborder avec circonspection je recommande même un minimum d’entraînement physique avant l’écoute: un ou deux morceaux de King Crimson, une petite dose de Magma et même un chouïa d’Indukti pour se former l’oreille. Après, prévoir quand même des biscuits (et du rhum; beaucoup de rhum), la traversée risque d’être agitée, mais le voyage est intéressant!

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. killerklown dit :

    Si jamais je devais sonoriser une partie de jeu de rôle avec la BO de l’armée des 12 singes, j’utiliserais leur musique pour sonoriser les combats 🙂

    • Alias dit :

      Pour moi, ce sera la prochaine fois que je fais un Feng Shui qui inclut une bagarre pendant une compétition de tango.

      Oui, j’ai dit « la prochaine fois »… 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

%d blogueurs aiment cette page :