Écologie et civilisation avancée

C’est un tout petit billet très court signé Warren Ellis, dont le contenu peut se résumer à son titre: Any Sufficiently Advanced Civilization Is Indistinguishable From Nature. Traduit dans la langue de Barjavel, toute civilisation suffisamment avancée est indistinguable de l’état de nature. C’est le titre d’un article du site Next Nature, qui joue bien évidemment sur la troisième Loi de Clarke.

Je ne sais pas pour vous, mais c’est une idée que je trouve juste brillante pour la science-fiction du XXIe siècle, qui devrait précisément parler du XXIe siècle. Le paradigme dominant est d’imaginer des civilisations avancées dépendant d’une technologie ubiquitaire et, surtout, visible (voire agressivement visible). Et si, au contraire, on posait l’idée que cette même civilisation avancée a, au contraire, réussi à contrôler son impact environnemental sans sacrifier son confort et son développement social et technologique?

Oh, bien sûr, l’idée – très rousseauiste – n’est pas nouvelle et les auteurs de SF n’ont jamais hésité à introduire des peuples autrefois dominants, les féroces conquérants revenus à un mode de vie de paisibles agriculteurs (les constructeurs de Point Central dans l’album de Valérian L’ambassadeur des ombres me vient immédiatement à l’esprit).

Mais là, je vois une idée différente: j’imagine une civilisation qui ne renonce en rien à son mode de vie avancé, mais qui s’arrange pour l’intégrer au mieux avec un écosystème équilibré et, surtout, au plus près possible de l’état de nature. Bien évidemment, ceux qui me connaissent auront reconnu dans cette description une version encore plus poussée de la civilisation eyldarin dans Tigres Volants.

C’est très possible si on imagine d’avoir des systèmes extrêmement efficients, donc qui n’ont pas besoin de bazarder des ondes sur un large spectre, par exemple. On peut également imaginer un grand nombre de systèmes dérivés de cycles naturels; j’avais parlé il y a peu des piscines naturelles auto-nettoyantes, mais on peut également viser plus grand et imaginer des habitations entières basées sur des organismes vivants (des arbres, au hasard) adaptés pour héberger des « symbiotes » humains (ou assimilés).

Dans l’optique d’une science-fiction « du présent », ce sont des concepts qui ont en plus l’avantage d’être tout à fait dans l’air du temps, adaptés à une époque où l’écologie devient – enfin! – un enjeu véritable et où les modèles économiques du XIXe siècle commencent à être suffisamment bancals pour qu’on commence sérieusement à réfléchir à des alternatives.

(Photo « Green World » par naoK via Flickr sous licence Creative Commons non-commerciale share-alike.)

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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4 réponses

  1. Guillaume44 dit :

    Très intéressant, dans la lignée de la « Transformation » exposée par Spinrad !

  2. Thias dit :

    Je trouve l’expression très appropriée, et je pense que c’est une bonne prédiction pour ce siècle. Par contre, je ne suis pas sûr qu’on parle de la même « nature ». Tel que je le vois, la technologie (notamment le software) tend effectivement vers une jungle ou un gros bouillon de culture: chaotique, évolutif, avec par moment une compétition effrénée et des résultats arbitraires. Par contre, si on parle de la nature bienveillante de Rousseau…

    • Alias dit :

      Non, la nature bienveillante de Rousseau est une foutaise et, à part une poignée de babas et d’éco-fondamentalistes, je ne connais personne qui y croie.

      En fait, le mot clé est « indistinguable de ». Si tu prends l’exemple des Eyldar dans Tigres Volants, leur environnement « naturel » est complètement artificiel: planète terraformée, faune et flore modifiée, etc. Il y a l’apparence de la nature sauvage, mais c’est du Canada Dry.

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