“Dans l’enfer des hauts de page”

Cela faisait un bon moment que j’attendais – que j’espérais, même – une réédition des “hauts de page”, de Yann & Conrad. Dans l’enfer des hauts de page est donc un bouquin petit format, qui répond en partie à ce souhait et me permet de me replonger avec délectation dans cette trop brève époque d’un Spirou habité par l’esprit d’un humour presque adulte.

Petit rappel: ces “hauts de page”, c’est l’animation des pages de l’hebdomadaire Spirou confiée à un duo de choc, Yann & Conrad. Au niveau animation, les anciens du journal n’ont pas été déçus du voyage: humour absurde, dérision (y compris pas mal d’auto-dérision), piques vachardes et autres calembours dont même le légendaire Yvan Delporte – d’ailleurs allègrement brocardé par le duo – aurait eu honte.

Pendant huit mois, le journal va vivre une ambiance de guerre civile, entre tartes à la crème à tête chercheuse et vannes au ras du sol, contre un quarteron de vieilles barbes dans un bunker. Enfin, c’est l’impression que j’en avais, moi. Le truc, c’est que, comme je l’avais expliqué précédemment, j’ai grandi avec Spirou et qu’à ce moment, j’ai eu l’impression que le journal grandissait avec moi.

Alors, certes, ce n’était pas toujours très fin; Yann lui-même avoue, dans un des gags, avoir lu Hara-Kiri en culottes courtes (en avouant que c’était plus confortable en pantalon) et ça se voit. Mais souvent, ça tape très juste et, pour l’époque – 1980 –, c’était carrément révolutionnaire.

Il y a certes pas mal de blagues qui brocardent les séries existantes – Leloup, DeGieter et Mattéi étant les principales cibles; on se souviendra encore longtemps du “après les calculatrices, voici les électroniciennes japonaises ultraplates” – mais aussi beaucoup de blagues internes à la rédaction, mettant en scène les auteurs eux-mêmes. En quelque sorte, les “hauts de page” sont un peu les héritiers des “En direct de la rédaction” et autres Gaston Lagaffe.

Spirou lui-même n’est pas épargné, non seulement en tant que personnage, mais aussi comme symbole éponyme du journal. Souvent victime, mais aussi complice des deux affreux, parfois (et souvent à son corps défendant). Les dirigeants du journal en prennent également pour leur grade.

Après, je suis un petit peu déçu par l’objet: il s’agit d’une réédition d’un ouvrage précédent – réédition curieusement publiée chez Dargaud et non Dupuis, même si les deux appartiennent désormais au même groupe – et qui manque pas mal de contexte.

On a certes quelques dessins surnuméraires qui expliquent le début de l’histoire, mais guère plus. Une telle édition aurait à mon avis mérité un peu plus de “viande” historique; j’aurais aimé retrouver quelques points de repère sur les séries, leurs auteurs, l’ambiance dans la rédaction – et ce d’un point de vue plus objectif.

Mais, l’un dans l’autre, Dans l’enfer des hauts de page est un petit bouquin qui m’a fait hurler de rire suffisamment souvent pour que je le recommande, surtout à ceux qui ont connu cette période. Profitez-en: c’est une édition limitée, sortie à la fin de l’année passée; il n’en reste peut-être plus tant que ça en circulation.

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