“Et si la France avait continué la guerre…”

En ce 6 juin 1940, alors que l’armée française est encerclée en Belgique et recule presque partout ailleurs, un banal accident de voiture change la face de l’histoire. La mort de la comtesse Hélène de Portes, place de l’Alma, est le point de divergence choisi par les auteurs de Et si la France avait continué la guerre… pour lancer leur uchronie. C’est aussi le premier d’une longue série de clins d’œils à la “vraie” histoire qui constelle cet ouvrage.

Car Hélène de Portes n’est pas n’importe qui: c’est la compagne du président Paul Reynaud, aux opinions pro-Armistice; savoir si sa mort – anticipée de trois semaines par rapport à l’histoire réelle – aurait eu une réelle influence sur la décision du président, est une autre question. Toujours est-il que, pour Jacques Sapir, Loic Mahé et Frank Stora (nom qui n’est pas inconnu des lecteurs de Casus Belli des premiers temps), cet évènement entraîne le refus par la France de tout armistice et la continuation de la guerre depuis l’Afrique du nord, après trois mois de combats désespérés en métropole et un déménagement massif de tout ce qui peut être décemment transporté vers l’Algérie ou l’Angleterre.

Au long des cinq cents pages du livre, on suit les derniers combats de l’armée française sur le continent, sa revanche sur l’Italie en Lybie, puis la conquête de la Sardaigne et des îles italiennes du Péloponèse. À côté de l’histoire militaire, l’ouvrage apporte également un éclairage sur tous les éléments de politique, française et internationale. Car, aussi fictif qu’il soit, il s’appuye sur des éléments historiques et des recherches précises; il est d’ailleurs paru chez Tallandier, un éditeur connu pour le sérieux de ses ouvrages historiques.

Je vous avais parlé du projet 1940: la France continue, que je suis maintenant avec assiduité depuis plus de quatre ans; ce livre en est la concrétisation. Sa lecture est passionnante; au delà de l’aspect uchronique, c’est également une plongée dans une époque troublée qui met à mal un certain nombre d’idées reçues sur les forces et faiblesses respectives des armées allemandes et françaises: les problèmes de logistique des allemands et notamment de leurs chars, qui nécessitent deux semaines de pause en juillet (les Français ont les mêmes, en pire), la combativité des forces françaises, mais aussi belges et polonaises.

Si je devais faire quelques reproches à l’ouvrage, c’est la faible cartographie: quatre cartes, qui plus est peu précises, c’est limité pour suivre les combats et les percées des uns et des autres. En suivant le projet, je regrette aussi l’absence de chercheurs allemands ou japonais dans l’équipe, ce qui donne une impression de “les vainqueurs qui refont le match”.

Néanmoins, pour les passionnés d’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui n’ont pas peur de se “salir” en lisant une fiction avouée, Et si la France avait continué la guerre… est une lecture des plus intéressantes. Vivement les tomes suivants, puisque celui-ci s’arrête au 31 décembre 1940!

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