Eva Can’t: Gravatum

Eva Can't: Gravatum

Un des inconvénients d’être un prog-snob et de se taper plus d’une centaine d’albums par année, c’est qu’on devient vite blasé. Dans ce contexte, Gravatum, le dernier opus de Eva Can’t, récupéré en service de presse via My Kingdom Music, est l’équivalent d’un concert punk dans une after de festival jazz. Et c’est une bonne chose.

Groupe originaire de Bologne, en Italie, Eva Can’t a commencé sa carrière dans le death-metal avant de s’orienter vers des cieux plus progressif. Gravatum, c’est un peu le résultat du croisement entre le metal d’avant-garde et le RPI (Rock Progressivo Italiano), avec un chant en italien.

Le mélange, qui pourrait apparaître à certains comme contre-nature, n’est pas toujours très homogène, mais il est spectaculairement efficace, jouant sur les sonorités progressives des seventies et la musicalité de la langue italienne, associées à des guitares ultra-agressives et une ambiance intense et plombée.

Gravatum compte sept pistes, mais la plus courte dépasse les cinq minutes et deux epics de respectivement onze et seize minutes encadrent l’album, pour une durée totale d’un peu plus d’une heure. Et une heure de Eva Can’t, c’est quelque chose d’intense.

Avec des pistes sur le format long, Gravatum est un album d’ambiances. Pas forcément des ambiances joyeuses et si je parle d’intensité, c’est parce qu’on y ressent souvent une urgence, par exemple sur l’impressionnant « Apostasia della Rovina », qui compense le fait d’être la plus courte piste de l’album par une puissance exceptionnelle.

Quelque part, Eva Can’t est un pur descendant du RPI, mais, au contraire de formations comme Il Tempio delle Clessidre, le groupe a adopté un format plus moderne et, en misant sur des compositions longues, il parvient à éviter l’écueil du chant omniprésent.

À ce sujet, il faut dire que Simone Lanzoni est très impressionnant et qu’il éparpille façon puzzle tous les préjugés que j’avais sur le chant en italien. De façon générale, les musiciens d’Eva Can’t sont tous au taquet et contribuent à faire des compositions des sacrés morceaux de bravoure.

Gravatum n’est pas exempt de défauts: comme mentionné, la collision stylistique a des côtés rugueux et la production pourrait être plus claire. Mais en l’état, il est facile de se laisser emporter par la créativité et l’intensité de cet album. Cerise sur le gâteau: Gravatum est disponible sur Bandcamp à un prix très raisonnable – €6.50 en numérique.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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