“Homeland”, de Cory Doctorow

Dans la série des suites casse-gueule, Homeland, de Cory Doctorow, est la suite de l’excellent Little Brother, un roman jeune adulte dans une Amérique contemporaine, mais dystopique – douloureusement similaire à notre époque, mais où un attentat terroriste a précipité la ville de San Francisco dans un état de surveillance presque totale.

On y retrouve Marcus Yallow, autrefois dit M1k3y, avec deux ans de plus et pas vraiment de grandes perspectives d’avenir. Car la crise économique est passée par là, en plus du reste. Et, soudainement, une figure de son passé resurgit pour lui confier des documents explosifs (façon WikiLeaks ou Edward Snowden), à rendre public au cas où. Et, bien évidemment, il y a “cas où”…

Marcus a grandi et, avec lui, l’intrigue de Homeland passe la vitesse supérieure: fini de jouer au chat et à la souris avec la société panoptique, les questions soulevées par les documents secrets parlent de politique, d’opérations secrètes, de contractants militaires et de magouilles financières à vomir. Vous saviez qu’aux USA, les prêts étudiants ne sont pas couverts par la loi sur les faillites? Et que l’on pouvait faire des opérations financières dessus, jusqu’à créer une forme d’indenture? Moi non plus.

Jusqu’ici, tout va bien: la trame est intéressante, le contexte crédible, les personnages bien campés: Marcus, sa copine Ange, ses divers amis qui oscillent entre soutien sans faille et fanboy-attitude. C’est au niveau du rythme que ça se gâte. Cory Doctorow n’est certes pas le premier auteur à tomber amoureux de son contexte au point de s’y attarder plus longtemps que nécessaire, mais là, c’est vraiment agaçant.

Un bon quart du bouquin se déroule sur le site du festival “Burning Man“, qui est décrit sous de nombreuses facettes (jusqu’à une partie de D&D jouée par les protagonistes et les fondateurs de l’Electronic Frontier Foundation, avec Wil Wheaton comme MJ) et, certes, c’est sympa, mais ça ne fait pas avancer grand-chose. Toute cette partie a un côté “guide touristique” gratuit.

Homeland compte aussi un grand nombre de passages explicatifs sur des questions de sécurité informatique, la nature des nombres aléatoires ou les arcanes de la magouille financière. Ce sont également des sections qui cassent le rythme de la narration, mais qui ont un réel intérêt pour l’histoire et qui sont par ailleurs très intéressantes pour le néophyte dans mon genre. À côté de ses péripéties romanesques, il y a un intérêt didactique à cet ouvrage.

Une des forces du bouquin, c’est de montrer que, quelque part, ce n’est pas les “gentils hacktivistes” contre le “méchant gouvernement et ses séides privatisés sans contrôle”. Marcus a ses doutes, commet des erreurs et, surtout, se passerait bien de tout ce qui lui tombe dessus, ce d’autant plus qu’il doit aussi gérer les attentes de ceux qui le soutiennent, voire de ceux qui le considèrent comme une icône.

Une des citations les plus frappantes, c’est sans doute celle-ci:

“Because if the system was broken [it] was because people like me chose not to act when we could. The system was people, and I was part of it, part of its problems, and I was going to be part of the solution from now on.”

Le problème, ce n’est pas “le système”: “le système”, ce sont des gens avant tout et, parmi ces gens, vous et moi.

Pour ceux qui, comme moi, attendaient beaucoup de la suite de Little Brother, Homeland est quelque peu décevant, principalement à cause de son début laborieux et limite fanboy. Mais en faisant abstraction de la comparaison, c’est tout de même un excellent roman. Et, comme toujours avec Cory Doctorow, il est disponible sous licence Creative Commons sur son site.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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