Il n’y a pas de plan B

Ayé, l’Apocalypse TPG m’a rattrapé! J’ai passé aujourd’hui plus d’une heure en plus dans les transports en commun. Oui, ces temps-ci je prends le tram et le bus, parce que le vélo par temps de glace, c’est sans moi.

Ce n’est cependant pas pour me plaindre des transports publics genevois que j’écris ce billet. Au reste, ils n’ont pas grand-chose à voir dans l’histoire: le retard était dû à la rupture d’une canalisation d’eau au centre-ville.  Et c’est là où je veux en venir.

Une simple rupture de canalisation dans une rue, certes très passante, suffit à paralyser la moitié d’une ville comme Genève. Ça a l’air con, comme ça, mais je trouve que c’est assez symptomatique de notre civilisation, où le moindre problème peut prendre des proportions bibliques, simplement parce que la notion de « plan de secours » a été éludée dans les calculs initiaux, voire, le plus souvent, supprimée pour raisons budgétaires.

C’est un problème d’autant plus flagrant que l’on vit dans une civilisation abominablement complexe et que cette civilisation semble être une des rares choses qui empêche l’individu lambda – votre serviteur y compris – de retourner à l’état sauvage ou à celui de viande froide. Ou à l’un, puis à l’autre. Or, de façon générale, les villes sont des créations abominablement complexes, surtout quand on parle de transit. Même celles qui ont été prévues pour le trafic automobile (genre Los Angeles) ont du mal à le gérer, que dire alors d’une ville comme Genève qui n’a jamais été vraiment conçue pour cela?

J’ai beaucoup entendu parler, sans l’avoir lu, de La stratégie du choc, de Naomi Klein (j’avais lu d’elle No Logo), mais j’ai un peu peur de voir dans cette absence de plan de secours la stratégie décrite dans son bouquin, sinon planifiée, du moins acceptée. En gros, on laisse les choses partir en vrille (hypothèse vraiment paranoïaque: on les fait partir en vrille) et on en profite pour faire passer des choses détestables.

La question est de savoir si, en tant que société, on préfère payer pour des choses qui pourraient très éventuellement peut-être servir un jour dans des circonstances extrêmes ou si on préfère gérer les problèmes comme on peut quand ils arrivent. Et ensuite être cohérent dans ces choix: après tout, on entretient bien à grand frais une armée suisse qui ne sert à peu près à rien…

(Photo par Hannanik via Flickr.com sous licence Creative Commons non-commerciale share-alike.)

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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11 réponses

  1. Thias dit :

    Les humains ne sont pas très bien équipés pour concevoir et gérer des systèmes complexes ou les différentes composantes interagissent de manière cachée, hors les villes sont encore largement conçues et gérées avec des techniques d’ingénieries et des lois datant du XIXe siècle.

  2. Fabrice dit :

    Je ne vois rien de paranoïaque dans ton article, même lorsque tu prétends que ça l’est. Et d’abord, seuls les pananoïaques survivront. Les militaires confirmeront.

    Tu as raison, soyons cohérents. Sabrons l’armée et les canalisations de secours. Ah, les canalisations sont déjà sabrées.

  3. riddle dit :

    non non tu n’es pas paranoïaque… et moi je prévois toujours le pire: du coup je ne me trimballe pas sans un sac qui pèse quinze kilos… et ça me bouzille le dos encore un peu plus… mais je veux pas être prise au dépourvu…
    c’est comme certains matériels électroniques… toujours prévoir des redondances pour pas perdre de données par exemple. ou acheter une télé la peau du cou parce que tu sais que c’est la seule marque qui quinze après t’avoir vendu la télé en question, a encore les pièces et les compétences pour te la réparer… si si ça existe. j’en ai une.

    • Alias dit :

      C’est pour cela que je commence de plus en plus en plus à penser que la solution à plus de bordel n’est pas encore plus de bordel et que j’essaye de me débarrasser des trucs qui encombrent.

  4. serveur -> serviteur ?

    J’ai la flemme de rechercher un excellent article qui traitait de la complexité des systèmes : en gros, un système ira toujours vers plus de complexité, ce n’est qu’en repartant de zéro qu’on peut toucher la simplicité.

  5. Guillaume44 dit :

    Vague de froid dans le Grand Ouest français aussi. On est moins habitués mais on tient bon. Le pire reste pour les sans-abris, oubliés de tous, mais pas du froid…

  6. odyssee dit :

    j’ai mis plusieurs jours à répondre à ce fil qui me laissait un sentiment sournois de joie coupable
    et je n’arrivais pas à analyser pourquoi.. ce n’est toujours pas parfaitement clair mais tant pis, je me lance..
    donc la preuve serait faite que malgré la tendance à nous faire croire que l’homme aurait la maitrise de tout, en ces temps technologiques avancés, nous n’aurions pas la maitrise de tout.. une canalisation qui lache, un volcan qui entre en éruption en islande, et hop, les rouages se grippent.. et moi je jubile.
    quelle leçon d’humilité !
    non, le risque zéro n’existe pas.
    non, la technologie n’est pas infaillible.
    et puis n’est ce pas tant mieux ?
    quand j’étais petite, et ce n’était tout de même pas la préhistoire, on avait des lampes à pétrole qui servaient une ou 2 fois par an et quand la coupure d’électricité arrivait, on ne râlait pas ! on savait encore que la panne était possible
    au lieu de râler on jouait au jeu de l’oie (on était petits mon frère et moi) en famille à la lueur des lampes à pétrole et c’était plutôt chouette

  7. MJ dit :

    Allez, je me lance aussi, bien qu’un peu en retard.

    Je ne partage pas ta vision pessimiste de la situation. Pourquoi ? Nos systèmes ont beau ne pas être invulnérables ou forcément très redondants, le tableau ne peut être complet sans la notion de résilience.
    Cet hiver, une canalisation a pété près de chez-moi à cause du gel. Eh bien je n’ai pas été dérangé le moins du monde : en deux heures, les services industriels avaient remis le tout en activité et en attendant, une bouteille de Volvic a fait les frais. Faiblesse de notre civilisation ? Au contraire, immortalité quasi-totale ! Notre argent – au lieu de renforcer les structures – va à des institutions capable de s’adapter à la menace et y répondre dans les plus brefs délais; pompiers, police, ambulance, Protection Civile, Services Industriels et Armée pour tous les citer.

    Note bien, nous ne sommes pas les seuls à avoir mis au point des systèmes résurgents, les maisons traditionnelles Japonaises avaient des cloisons très légères en raison des tremblements de terre, etc.

    Bref, pour ma part, je préfère avoir des assurances que de vivre dans un Bunker avec générateur dédié et extracteur d’eau potable à capillarité.

    MJ

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