En toute logique, c’est après m’être farci Gagner la guerre que j’ai attaqué Janua Vera, le premier bouquin de Jean-Philippe Jaworski, un recueil de nouvelles dans lequel on rencontre pour la première fois le ci-devant Benvenuto Gesufal, mais aussi pas mal d’autres personnages secondaires de Gagner la guerre. Ne m’étant pas fâché avec l’auteur depuis, je vous réfère à la chronique précédente pour le copinage potentiel.
L’ordre de lecture n’est au final pas très important; que l’on découvre le Vieux Royaume par l’un ou l’autre des ouvrages, je pense que ça ne change pas grand-chose. Soit on prend l’option « petit bain » et on commence en douceur, par des nouvelles raisonnablement courtes, soit on revient par ce biais dans l’univers jaworskien, par petites touches.
Deux choses m’ont marquées dans cet ouvrage: d’une part, le style de l’auteur. Si on aime les belles tournures, le vocabulaire médiévalisant suranné, c’est un régal. Il y a des descriptions éblouissantes dans ces sept histoires. D’autre part, les histoires en elles-mêmes sont souvent plus que brillantes.
Que ce soit avec « Janua Vera », le récit d’un psychose, celle d’un roi divinisé qui, arrivé au sommet, perd lentement la raison ou « Le conte de Suzelle », l’histoire d’une fille de paysans pas comme les autres au destin cruel, on est plongé dans des histoires magnifiques et brutales. J’ai également été impressionné par « Le service des dames », une geste chevaleresque réaliste et lucide, ou « Un amour dévorant », un récit de hantise que n’aurait pas renié Carnacki et, dans un registre similaire, « Le confident ».
« Mauvaise donne » est le récit qui introduit don Benvenuto; il est tout à fait dans la veine de Gagner la guerre, mais détonne un peu dans l’ensemble. Également en porte-à-faux, « Jour de guigne » est une hilarante farce qui raconte ce qui peut arriver à un copiste maudit par un palimpseste mal nettoyé. Je suis moins enthousiaste sur « Une offrande très précieuse », qui est bien écrit, mais dont l’histoire me paraît moins exceptionnelle.
Peu de réserves, donc: Janua Vera est un excellent recueil de nouvelles dans un genre médiéval-fantastique si souvent galvaudé par du sous-Tolkien ou du sous-D&D que l’originalité de ton et de narration dont fait preuve ici l’auteur apparaissent comme une tornade d’air frais. Prenez ça dans la sclérose, les tâcherons!
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09/04/2013 at 07:55
Un excellent recueil, en effet. Je garde toujours un souvenir très ému du « Conte de Suzelle », absolument sublime et terrible à la fois.
09/04/2013 at 09:08
J’ai commencé par « Janua Vera » puis, conquis, enchaîné avec « Gagner la Guerre ».
Jaworski est grand !
09/04/2013 at 09:10
Bienvenue et tout à fait d’accord.