"Inner City", de Jean-Marc Ligny

“Inner City”, de Jean-Marc Ligny

Quelque part au XXIe siècle, la réalité virtuelle est dans tous les foyers et rares sont ceux qui s’aventurent dans la Basse Réalité – le monde physique. C’est donc les rues désertées de Paris que se déroule Inner City, roman cyberpunk signé Jean-Marc Ligny.

Quand je dis “cyberpunk”, c’est exactement ça: il manque les prothèses chromées et les guerres corporatistes, mais on a bel et bien le côté “high-tech” (les consoles de réalité virtuelle, les armes à laser, les barrières à énergie) et le “low-life” (les habitants de Slum City, au-delà de la barrière énergétique qui ceint Paris intra-muros), que les rôlistes connaissent bien.

On y suit deux personnages que-tout-oppose-mais-qui-vont-finir-par-se-rencontrer: Kris, l’agent qui traque les utilisateurs perdus dans les plus profondes couches de la réalité virtuelle, et Hang, un des derniers stringers, toujours à la recherche d’images choc, peut-être pour conjurer la violence de son propre passé.

Inner City a été publié une première fois en 1996 (chez J’Ai Lu); ça se sent un peu. On est dans le cyberpunk un peu “old-skool” (oui, déjà; l’obsolescence programmée frappe aussi la SF), ça se sent aux thèmes, à la technologie et à un traitement assez naïf de la société de surveillance. Ce n’est pas un roman que l’on pourrait écrire ainsi en 2016. Ça se sent aussi un peu aux scènes de violence et de sexe, qui frôlent parfois la complaisance.

Pourtant, Inner City a des qualités qui justifient sa réédition récente dans la collection Hélios de Actu SF. D’une part, l’ambiance d’une cité comme Paris abandonnée par des habitants qui lui préfèrent le confort de la réalité virtuelle, les outrances de cette dernière ou les jeux sur le langage – surtout chez les habitants de Slum City, qui mélangent français phonétique et anglicismes, a de quoi séduire le lecteur. On frissonne également à la mention, en passant, d’une Russie devenue fasciste et agressive en profitant de la faiblesse des USA.

La trame principale – la traque d’un fantôme de la réalité virtuelle qui tue ceux qu’ils rencontrent et qui est l’écho d’un coup d’état sanglant – aurait aussi de quoi intéresser, mais elle s’égare vers la fin, multipliant les faux-semblants et laissant une conclusion quelque peu opaque. C’est dommage, parce qu’à la base, elle est déjà très complexe et, au final elle aurait mérité une simplification pour ce genre de roman.

En faisant quelques recherches, j’ai vu qu’il existait deux autres romans dans ce même univers: Cyberkiller, qui met en scène Deckerd, le patron de Kris, et Slum City, qui est un roman estampillé jeunesse. Ce qui explique certains passages qui donnent l’impression qu’il y a plus de matière derrière le texte.

Inner City propose de bonnes idées, des images frappantes, mais il a à pâtir de quelques lacunes dans la forme et il arbore aujourd’hui un aspect quelque peu daté. Ça reste une lecture plutôt sympa.

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