« Jean Yanne à rebrousse-poil », par Bertrand Dicale

Cadeau d’anniversaire inattendu mais très bien tombé, Jean Yanne à rebrousse-poil est un pavé biographique signé Bertrand Dicale qui explore la vie et la carrière d’un acteur si râleur qu’il aurait pu être genevois (il était en fait parisien, ce qui n’est pas beaucoup mieux).

Autant je n’aime pas la chanson française, autant les humoristes français des années 1970-1980 ont une place spéciale dans mon petit cœur et Jean Yanne est assez haut placé dans mon panthéon personnel, entre autre grâce à des films aussi foutraquement géniaux que Tout le monde il est beau tout le monde il est gentilMoi y’en a vouloir des sous ou Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ. Et Les grosses têtes, aussi; non, je n’ai pas honte.

La biographie met l’accent sur les côtés paradoxaux du personnage, râlant sur tout (surtout si c’est puissant), mais aimant son confort, acteur docile et réalisateur cauchemardesque pour ses producteurs, peu doué dans les études, mais doté d’une culture générale remarquable.

On y suit ses débuts laborieux en tant que journaliste, puis comédien et chansonnier, avant de se lancer dans la radio, puis dans le cinéma. On apprend que Jean Yanne n’était pas seulement acteur, réalisateur et compositeur, mais également producteur et même scénariste de bandes dessinées…

Je ne suis pas un grand fan des biographies; le côté pipole de l’exercice me laisse un peu froid. J’ai néanmoins été fasciné par un aspect de cet ouvrage: le portrait qu’il dresse s’une certaine France dans les années 1960-1970.

L’humour iconoclaste de Jean Yanne déboule dans une période très conservatrice et rigide, où on ne se moque pas de la religion, de l’armée et des corps constitués. En fait, on ne s’y moque de rien d’un tant soit peu puissant et des humoristes comme Yanne vont faire exploser tout ça (ce dernier tapant d’ailleurs aussi bien et aussi fort sur les dominateurs que sur les dominés).

Au final, je me demande si ça n’explique pourquoi on n’a plus, à notre époque, des humoristes de la trempe de Jean Yanne, de Coluche ou de Pierre Desproges: on n’en a simplement plus besoin. Les conservatismes qu’ils stigmatisaient sont passés de mode et les lieux de pouvoir jouent avec un brin d’ironie (quand ils n’utilisent pas carrément l’autodérision, comme dans la publicité) de façon à désamorcer tout humour un peu trop contestataire.

Pour en revenir au bouquin, je le recommande bien entendu aux fans de Jean Yanne, mais également à tous ceux que les décennies avant et après mai 1968 intéressent. Il y a des analyses intéressantes à y relever en filigrane du présent ouvrage.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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1 réponse

  1. L'Ours dit :

    Je ne suis pas trop fan des biographies et le regard que tu portes sur le contenu me ferait presque changer d’avis pour m’y intéresser. Mais non… pas le temps 🙂 . En revanche, ta remarque sur les humoristes contemporains de Jean Yanne me titille dans le sens où j’ai toujours regretté de ne pas voir poindre un nouveau Yanne, un nouveau Desproges ou un nouveau Coluche à notre époque où il y a tant à dire. Et puis dans le fond, la médiatisation de notre monde est telle que parler des évidences fait forcément moins recette. C’est juste du regret et c’est dommage.
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