"Jesus selon Mahomet", de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur

“Jésus selon Mahomet”, de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur

Si j’étais taquin, je dirais qu’avec Jésus selon Mahomet, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur cèdent à la très geek tendance des trilogies en quatre volumes, vu que leur ouvrage s’inscrit dans la droite ligne de leur “trilogie de Jésus” (Jésus contre Jésus, Jésus après Jésus, Jésus sans Jésus).

Il est vrai que leur essai est une véritable “suite” à leurs efforts de reconstruire rationnellement les origines du christianisme. On me répondra qu’il s’agit plutôt là des origines de l’islam, ce qui est vrai, mais ce n’est pas sans rapport. Et ce rapport est même au centre de l’ouvrage.

Jésus selon Mahomet part de la constatation que, dans le Coran, le nom de Jésus est cité souvent. Non seulement c’est un prophète reconnu, mais il est également celui qui, à la fin des temps, va revenir et assister Mahomet.

Mais le Jésus du Coran, curieusement nommé “fils de Marie” (alors coutume veut que l’on mentionne plutôt le père), est différent de celui de la Bible sur beaucoup d’aspects, dont un fondamental: il n’est pas vraiment mort sur la croix – en gros, il a fait semblant. Il n’est pas divin, non plus: il est né de Dieu, mais n’est pas son fils.

C’est là où les choses deviennent vraiment intéressantes: Mordillat et Prieur montrent les liens qui existent entre Mahomet, les Nazaréens (des Juifs chrétiens, en quelque sorte) et d’autres sectes chrétiennes d’Orient. Ils parlent aussi des évangiles apocryphes, comme l’Évangile de Barnabé, qui comporte beaucoup de points communs avec la théologie musulmane (et qui mentionne d’ailleurs Mahomet).

Apparaît, d’abord en creux puis beaucoup plus directement, toute l’histoire des origines de l’Islam et de l’écriture du Coran – d’abord transmis par tradition orale, puis retranscrit en plusieurs temps par les successeurs de Mahomet, retranscription à laquelle s’ajouteront par la suite les hadiths et d’autres textes. Il y a aussi la question de la langue – théoriquement de l’Arabe, mais avec beaucoup d’emprunts, notamment au syro-araméen, ce qui parfois change le sens des sourates.

Il y a aussi des choses très intéressantes sur la construction du Dôme du Rocher à Jérusalem et comment ce qui était alors un dépotoir est devenu l’un des lieux saints majeurs de l’Islam. C’est un exemple, parmi beaucoup, qui montre que comme le Christianisme, la montée en puissance de l’Islam a été poussée par des facteurs politiques majeurs.

J’ai beaucoup aimé ce bouquin – comme les précédents, d’ailleurs. L’approche de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, qui utilise les outils de l’histoire pour parler des religions, est très pertinent et permet, au passage, de se faire une idée de ce qu’on pu être les premières années de l’Islam – et les premiers siècles du Christianisme. Les auteurs agissent avec rigueur et respect.

Si on s’intéresse à la religion, c’est difficilement contournable, en plus d’être facile à lire. Et c’est l’idéal pour un samedi de Pâques, non?

À noter que, comme les précédents, ce bouquin est tiré d’une série télé, Jésus et l’Islam, diffusée par Arte.

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