Jour J: La Secte de Nazareth

Le quinzième tome de la collection de bande dessinée uchronique Jour J, intitulé La Secte de Nazareth pose une question intéressante et controversée: que se serait-il passé si Ponce-Pilate avait décidé de gracier Jésus au lieu de Barabas? Le défaut est qu’à mon avis, la réponse n’est pas à la hauteur de la question.

(Coïncidence amusante: j’ai lu récemment une critique du livre Invraisemblances et contradictions dans la Bible, de Gérard Messadié, qui indique que Barabas signifie « fils de son père » et qu’il pourrait tout aussi bien s’agir de Jésus lui-même.)

Le récit commence près de quarante-cinq ans plus tard, dans une taverne de Rome, entre deux camarades de Légion, l’un, Flavius, étant devenu préfet alors que son ami Gaius végète encore comme centurion pour cause de grande gueule. La raison de cette rencontre: Flavius pense que la redoutable secte des « Poissons » prépare de nouveaux attentats contre l’empire et a besoin d’une aide musclée.

Si l’idée de départ est plutôt bonne, je suis moins enthousiaste quant à son développement. Pas tant l’idée que la proto-chrétienté se radicalise autour de son message apocalyptique, dans un contexte de révoltes juives en Palestine (Gérard Mordillat et Jérôme Prieur ont prouvé dans leur trilogie Corpus Christi que c’est une lecture tout à fait pertinente), mais dans l’idée de faire de leurs martyrs des bombes humaines maîtrisant le secret d’une sorte de feu grégeois.

Je suis aussi quelque peu circonspect sur l’idée de placer l’affrontement final à Pompéi, au moment de l’éruption du Vésuve. Là encore, le problème n’est pas tant la crédibilité de la scène que le côté un peu téléphoné de la coïncidence. Mais je chipote un brin.

À dire vrai, ce quinzième tome de la collection se laisse lire sans chichis; par rapport à d’autres, son format court ne le dessert même pas réellement – et, pour une fois, on a une histoire qui n’est pas centrée sur la France ou sur les USA. L’habituel duo Duval-Pécau au scénario fait le job et restitue plutôt bien le côté vivant de la Rome antique, aspect également souligné par le trait très « organique » (un peu à la Richard Corben) d’Igor Kordey.

Je suis sans doute très bon public pour tout ce qui est uchronie, mais, malgré mes pinaillages sus-mentionnés, La Secte de Nazareth est à mon avis un très bon recueil de la collection Jour J.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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