La fiction au son du Canon

Alors bon, ces temps, je suis un peu le nez dans le guidon avec l’écriture de Freaks’ Squeele et de ses divers suppléments, mais j’ai quand même vu passer sur Twitter une râlaison de Greg Pogorzelski sur la notion de fiction, d’univers partagé et du canon – c’est-à-dire ce qui fait partie du contexte officiel d’une fiction.

L’exemple concernait surtout de Wookiepedia, l’encyclopédie en ligne, créée par les fans, sur l’univers Star Wars. Pour résumer son propos en essayant de le trahir le moins possible, le souci avec une source comme Wookiepedia, c’est que certains fans s’érigent en Gardiens du Canon Starouarzien en la posant comme la référence ultime, alors qu’elle récupère des infos à la provenance douteuse. La discussion a dérivé sur la notion de produits dérivés, d’univers étendu et de fanfiction, mais c’est assez accessoire.

La discussion m’a intéressé à plus d’un titre. D’abord, parce que l’utilisation d’un wiki pour une encyclopédie sur un monde fictif m’apparaît une plutôt bonne idée. C’est un peu sur ce principe que j’avais lancé la Tivipédia. Après, c’est vrai que, comme mentionné il y a quelques temps, je ne suis pas la personne la plus douée pour laisser d’autres personnes ajouter leurs trucs dans mon univers.

Ce qui m’amène un peu par la bande au second titre: mon actuel travail sur Freaks’ Squeele. Ce n’est pas la première fois que je bosse sur l’univers de quelqu’un d’autre et j’ai un peu « l’œil du rôliste », à savoir que j’ai tendance à voir les trous dans le contexte, parce que je sais que les joueurs ont toutes les chances de mettre les pieds dedans plutôt tôt que tard.

Je me retrouve donc à faire l’équilibriste entre ce qui a déjà été écrit et ce qui manque. D’une part, il faut que je crée les éléments qui permettront aux joueurs de comprendre comment fonctionne l’univers de Freaks’ Squeele (et non, « c’est le bordel » n’est pas suffisant), tout en prenant garde de ne pas figer tout le bazar.

Et là, le problème est double: il faut que je pense aux joueurs, certes – c’est un jeu de rôle, tout de même – mais aussi à Florent Maudoux, l’auteur. D’abord, parce que c’est son univers et qu’il faut que je me gaffe à ne pas trop faire mon Alias et à tout phagocyter. De ce point de vue, j’ai de la chance: on a des idées assez compatibles.

Mais aussi, ensuite, parce qu’il aura certainement envie d’écrire d’autres trucs dans cet univers et, qu’on le veuille ou non, ce que je suis en train d’écrire pour le jeu de rôle devient, en quelque sorte, canonique.

Alors bon, pour les joueurs, on a tout de même mis un avertissement initial pour leur dire que, même si Freaks’ Squeele est l’univers de Florent et que nous autres, auteurs « officiels », on va suivre au maximum la Ligne du Parti, eux, joueurs, peuvent faire un peu ce qu’ils veulent. La règle zéro, quoi.

Avoir un univers vivant est un exercice qui ressemble un peu à a de l’alchimie: c’est ancien, c’est mystique, parfois ça fonctionne sans qu’on sache pourquoi, parfois ça explose et, si ça se voit trop, on finit au bûcher.

Et d’ailleurs, en parlant de bûcher, j’y retourne. Ce scénario ne va pas s’écrire tout seul.

(Image: « Table des canons : page enluminée d’un manuscrit du VIIIe siècle issue du scriptorium de Flavigny » par G CHP via Wikimedia Commons, sous licence Creative Commons, partage dans les mêmes conditions)

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Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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