La frontière grise entre le partage de culture et le foutage de gueule

De façon générale et pour des raisons aussi pragmatiques qu’éthiques, je suis plutôt pour le partage des biens culturels. J’ai tendance à penser que même son pendant jugé illégal par les lois de nos pays a un impact bien moindre sur les ventes que certaines grosses industries semi-obsolètes voudraient bien nous le faire croire – et même une certaine utilité dans la propagation de certaines œuvres mal connues.

Il y a tout de même des fois où la chose m’énerve. Il y a quelques temps, un des habitués des Salons de la Cour d’Obéron, forum rôliste dont je fais partie de façon modérément soutenue et où je compte quelques amis, a posté un lien vers des sites proposant au téléchargement des jeux anciens selon le principe de l’abandonware.

Pour résumer, la philosophie de l’abandonware consiste à décréter de façon unilatérale qu’après un certain laps de temps sans activité de l’éditeur, un jeu est considéré comme “abandonné” et à le partager gratuitement. La légalité de la chose est douteuse, mais certains éditeurs de logiciels jouent le jeu – si je puis dire – et proposent d’eux-mêmes leurs anciens jeux en téléchargement gratuit, voire en ouvrent carrément le code source (comme id Software avec Quake III).

Pour en revenir aux jeux de rôle en abandonware, le problème majeur vient de l’attitude d’un certain nombre des sites, qui mettent en ligne des jeux récents (5-6 ans) et en plus n’assument même pas leur statut en demandant explicitement à leurs membres de ne pas faire de liens vers le GROG ou les sites des éditeurs pour éviter de se faire repérer. Tiens donc? Ce ne serait donc pas légal, ce qu’ils feraient?

Entendons-nous bien: dans l’absolu, l’idée d’avoir des sites qui archivent des jeux réellement anciens et réellement introuvables est à mon avis une bonne chose. De plus, nous vivions dans une civilisation de plus en plus numérisée et il est complètement illusoire de penser que même des ouvrages jamais composés sur ordinateur ne vont pas, tôt ou tard, se retrouver sur la vitre d’un scanner et dans un document PDF plus ou moins propre.

Ce que je trouve déplorable, c’est l’absence chez certains, au mieux de connaissance du marché du jeu de rôle (du genre à croire qu’un éditeur amortit un jeu en une année; ha! ha!), au pire de scrupules. Bon, soyons honnête: au moins, ceux qui font cela ne cherchent en général pas à se faire des thunes dessus. Insérez ici blague habituelle sur l’argent et le jeu de rôle.

Amis “abandonwaristes”, de deux choses l’une:

  • faites (ou essayez de faire) un travail d’archiviste semi-légal et limitez-vous, comme pour les logiciels, à des ouvrages parus il y a plus de dix ans – et, tant que faire se peut, contactez les auteurs;
  • ou assumez complètement la pirate-attitude, sans tentative de  justification à deux balles.

Pour finir, je ne mets pas ici de liens sur les sites incriminés. Je les ai et, si j’ai pourtant une grosse envie de dénoncer les cuistres, je ne le ferai pas pour le moment, dans l’attente de réactions de la part d’autres auteurs qui, eux, ont eu leurs œuvres ainsi copiées. Ça n’étonnera pas grand-monde: à part moi et une poignée de fêlés de la même eau, Tigres Volants n’intéresse personne, pas même les pirates.

(Images: D20 © Kirk LauDrapeau pirate © Scott Vandehey, tous deux sous licence Creative Commons non-commerciale share-alike; image finale par votre serviteur, également sous licence Creative Commons non-commerciale share-alike.)

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