"La Ligue des Héros", de Xavier Mauméjean

“La Ligue des Héros”, de Xavier Mauméjean

Ils étaient quatre. Quatre héros à se dresser, lorsque Peter Pan et ses séides du Pays de Nulle Part ont envahi la Terre depuis Kensington Gardens, en 1898. Lord Kraven, Lord Africa, English Bob et le Maître des Détectives formaient La Ligue des Héros et c’est leur histoire que nous narre Xavier Mauméjean.

Enfin, peut-être; ce n’est pas très sûr.

La Ligue des Héros est un recueil de différentes histoires, présenté… comme un recueil de différentes histoires. Mais pas les mêmes. Le bouquin joue à fond sur le thème du pastiche, en se présentant comme une collection de feuilletons pulpisants écrits à la fin du XIXe siècle, oubliés puis réédités et complétés plusieurs fois depuis.

Au reste, le présent ouvrage est une “intégrale 20 ans”, parue cette année chez Mnémos, avec une belle couverture en dur, plastifiée, avec signet et tout. La classe!

Cette intégrale reprend les deux romans du “Cycle de Kraven” et plusieurs nouvelles parues dans le même univers – dont la glaçant Raven K. qui sert d’épilogue –, le tout remis en forme avec une préface, une notice bibliographique (imaginaire) et une chronologie. C’est massif, c’est touffu et, pour tout dire, c’est un chouïa bordélique.

Il faut dire que la trame a tendance à sauter d’une époque à l’autre, du début du XXe siècle uchronique, où les Fées et les Garçons perdus perturbent le cours de l’histoire, à la fin des sixties. La trame de fond, c’est la lutte de la Ligue des Héros, Lord Kraven en tête, contre Peter Pan, l’enfant qui ne voulait pas grandir. Une lutte millénaire, dont la Ligue n’est que l’ultime avatar – enfin, peut-être.

Mais, à cette trame se superposent d’autres histoires qui semblent impliquer les personnages, mais sous une forme différente. Se pose également la question de savoir si tout cela n’est pas une vaste fumisterie, “un rêve dans un rêve”. Et pourquoi.

La lecture de La Ligue des Héros m’a laissé quelque peu perplexe. Les sauts entre les époques et les réalités – faute de pouvoir les appeler autrement – est parfois complexe à suivre et la conclusion de l’ensemble ne m’a pas vraiment convaincu.

À côté de cela, c’est du grand spectacle, oscillant entre steampunk tardif et pulp. Il y a du dirigeable, des machines infernales, des conspirations, de l’exotisme, des grands sentiments – et de la Realpolitik qui passe dessus pour en faire du hachis – des méchants très fourbes, un Grand Méchant vraiment très méchant, de l’Aventure, des Majuscules, des points d’exclamation!

Il y a aussi tout un côté déconstruction et métacritique du genre. L’auteur cite dans ses remerciements Stan Lee et Alan Moore; quelque part, je suis un peu étonné de ne pas y voir figurer l’archéologie spatiotemporelle de Planetary, par Warren Ellis, mais si le roman originel date de 1996, il lui est sans doute antérieur.

La Ligue des Héros est donc un pavé assez impressionnant – pas loin de 500 pages et assez dense en plus – qui peut déconcerter le lecteur par sa structure passablement chaotique, mais qui fourmille d’idées et de références, historiques et littéraires. Il est exigeant – je ne le recommanderais pas à quelqu’un qui veut se plonger dans le genre sans une solide connaissance du contexte – mais sympa.

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