La société pollen, redux

Or donc, cette “société pollen” dont parle L’abeille et l’économiste, c’est quoi au juste? À vrai dire, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, mais je vais essayer de vous résumer le bazar à la louche.

L’idée générale est que l’économie est en train de muter à grande vitesse vers un système où l’immatériel prend de plus en plus de place. L’immatériel, ce sont les biens culturels, les connaissances et les liens sociaux, entre autres chose. Vous me direz que c’est déjà le cas depuis un moment, mais ce qui change est qu’on est en train de sortir d’un état d’esprit basé sur des ressources matérielles infinies. Il n’y a pas de planète B et ça change tout.

Le problème est que le capitalisme tel qui se définit de nos jours est encore très fortement basé sur l’idée d’une économie matérielle forte. La théorie de Yann Moulier Boutang est qu’il faut adapter l’économie à ce qu’il appelle la pollinisation et qu’on pourrait appeler la libre-circulation des idées. S’il utilise la métaphore des abeilles, ce n’est pas pour prôner une société-ruche, mais pour mettre l’accent sur la fonction de pollinisation des abeilles, qui a un beaucoup plus grand impact économique que la production de cire ou de miel. Et aussi parce que c’est une activité aussi primordiale que fragile.

Sa théorie est évidemment un chouïa plus complexe que ce que j’expose ici. Un de ses aspects les plus malins est qu’elle a beau être radicale par pas mal de côtés, elle n’est pas révolutionnaire, du style pendre le dernier patron avec les tripes du dernier banquier. Ce qui est assez heureux, parce que je ne suis pas sûr qu’elles soient assez solides pour ça. L’idée est de convaincre le monde de la finance qu’il est dans son intérêt dans le long terme de privilégier des projets moins rentables, mais plus durables.

Je ne suis pas certain que de parier sur une réponse raisonnée plutôt qu’émotionnelle des milieux capitalistes soit moins naïf que d’espérer une mise à bas immédiate et indolore du système en place. L’approche de l’auteur – qui a raison de souligner l’incroyable capacité de récupération du capitalisme – a l’avantage d’être plus facile à faire avaler aux décideurs et le défaut d’ouvrir la porte à toutes les manipulations. Dit autrement, je ne suis pas sûr qu’on puisse faire confiance au capitalisme pour réformer le capitalisme, mais je ne vois pas comment faire sans lui demander son avis.

L’autre grande idée de Yann Moulier Boutang est de réformer globalement la taxation en reprenant au niveau le plus large possible le principe de la Taxe Tobin: un prélèvement minime (de l’ordre de 1%) sur toutes les transactions, même internes, qui remplacerait impôts sur le revenu et TVA. Là encore, on est à mon avis à la limite de la naïveté – et je ne sais pas de quel côté de cette limite.

Si ce panorama vous paraît flou et peu convaincant, c’est surtout parce que moi-même, à la lecture de L’abeille et l’économiste, j’en ai retiré un léger mal de tête et plus de questions que de réponses. Mais j’ai également eu l’impression qu’au-delà du jargon et de la construction difficile de l’ouvrage, il y avait de vraies pistes intéressantes. Je suppose que, si j’en avais le courage, je pourrais les découvrir, mais en l’état, je vois plus de frustration dans une telle entreprise.

En fait, il faudrait que quelqu’un s’attelle à une synthèse de L’abeille et l’économiste en mettant mieux en valeur les thèses centrales de la “société pollen”. En l’état, c’est un livre qui a l’avantage de montrer qu’il peut y avoir des alternatives plausibles au capitalisme et le défaut de les noyer dans un texte inutilement complexe.

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