“Lasser, tome 1: Un privé sur le Nil”, de Sylvie Miller et Philippe Ward

Or donc, nous avons le dénommé Jean-Philippe Lasser, détective privé dans la bonne ville de Marselha, dans les années 1930. Engagé par une riche épouse pour prouver son cocufiage, ce brave homme s’aperçoit un peu tard que le mari volage est un ponte du crime organisé, du genre peu rigolard. Lasser n’a que le temps d’attraper l’ex-maîtresse du parrain, une danseuse égyptienne, pour s’enfuir vers le Caire.

Voici les prémisses de ce premier tome des aventures de Lasser, intitulé donc “Un privé sur le Nil”; quant à savoir si les auteurs, Sylvie Miller et Philippe Ward, ont voulu ici faire un clin œil au Privé de Désert de Georges Alec Effinger, on se le demande. Il faut dire que cet Égypte de 1935 a un aspect peu banal: les dieux y vivent dans le monde des hommes. Et pas seulement les dieux égyptiens, puisque Lasser, qui les déteste, a perdu ses parents à cause d’une querelle entre dieux gaulois.

Outre le court prologue, qui explique l’origine de l’exil du privé, le bouquin comporte quatre enquêtes, autonomes, mais liées. Lasser se retrouve à travailler pour Isis, principalement, mais aussi Sekhmet et Khoum et va croiser d’autres dieux plus ou moins bienveillants à son égard. Comme tout privé qui se respecte, il a des ennemis, n’ayant rien trouvé de mieux que de se mettre sur le chemin du chef de la garde du Pharaon et du dieu Seth.

Je vais déjà évacuer les bouts qui m’agacent: je ne suis vraiment pas fan du style. Déjà, à la base, le roman noir façon “privé, whisky et p’tites pépées”, ça me laisse assez froid, mais en plus, ici, l’écriture s’apparente beaucoup à un pastiche assez peu convaincant, avec abus de clichés propres au genre. Je vois là où les auteurs veulent en venir, mais à la longue, c’est lourd! Cela vaut aussi pour les personnages, un tant soit peu engoncés dans ces clichés.

La vraie force de ces histoires, c’est le contexte: imaginer un monde très similaire à nos années 1930, avec ses inventions (automobiles de prestige, jazz et cinéma), mais avec des dieux est certes pas crédible pour deux sous, mais très amusant. Je me demande quand on va entendre parler d’une alliance entre les dieux romains et leurs cousins germaniques (en même temps, des années 1930 sans nazis, ça serait un vrai changement).

Les intrigues sont également pas mal foutues, mêlant légendes égyptiennes, géo-théo-politique, histoires de coucheries et monde contemporain. Il y a pas mal de trucs passablement tordus qui pourraient servir d’inspiration au rôliste le plus blasé, que ce soit le vol de la verge d’Osiris ou la disparition du Nil.

Au final, j’ai trouvé dans Lasser une lecture sympathique – agaçante par certains côtés et brillante par d’autres. Si vous cherchez un contexte original pour des aventures pulp, n’hésitez pas; si vous cherchez plutôt du roman noir original, mieux vaut éviter.

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4 commentaires sur ““Lasser, tome 1: Un privé sur le Nil”, de Sylvie Miller et Philippe Ward”

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