Le jeu de rôle n’existe pas

Au titre, vous allez vous dire que, ayé, c’est encore tonton Alias qui trolle et que, décidément, c’est pas beau, la crise de la quarantaine chez les auteurs maudits. Ce n’est pas complètement faux, mais restez quand même avec moi cinq minutes et, si jamais j’ondule trop de la toiture, ça vous donnera toujours l’occasion de vous épancher en commentaires.

Ces temps, je vois fleurir polémiques et discussions sur ce qui est du jeu de rôle, ce qui n’en est pas, ce que ça devrait être et pourquoi le nouveau jeu de Trucmuche n’en est pas. Et pis d’ailleurs, Trucmuche est un sale con, mais passons.

Le problème que j’ai avec cette histoire, c’est que, si on regarde bien, les frontières du jeu de rôle sont devenues de plus en plus floues. D’une part, on a de plus en plus de jeux qui repoussent le modèle originel de “un meneur de jeu, N joueurs” et, d’autre part les mécanismes du jeu de rôle envahissent de plus en plus d’autres médias. Ce n’est d’ailleurs pas récent.

Donc, non seulement on a de plus en plus de mal à définir ce qu’est un jeu de rôle, mais ça devient également impossible de définir ce qu’est un joueur de jeu de rôle (j’allais dire “un rôliste”, mais je sais qu’il y a parmi les lecteurs de ce blog au moins un habitué qui hait ce terme avec l’intensité d’un millier de soleils). Par exemple, est-ce que quelqu’un qui joue deux fois par ans est encore un joueur de jeu de rôle? Et quelqu’un qui ne joue plus, mais qui lit encore des jeux?

Résultat des courses, personne ne sait combien sont réellement les joueurs de jeu de rôle. Personne. Les derniers chiffres, qui datent de l’époque où il y avait encore un Quid, parlaient de 100 000 joueurs, dont 10 000 passionnés en France – et c’était déjà sérieusement du doigt mouillé. Ce week-end, j’ai entendu le chiffre de 3 000 personnes, sans la moindre source. Pour un peu, c’est 1d20 x 1 000…

À ce stade, j’en viens à me dire qu’est un joueur de jeu de rôle quelqu’un qui se définit comme tel. J’ai déjà dit (et même écrit: c’est dans le prologue de Tigres Volants) que le jeu de rôle, c’est un jeu dans lequel on joue un rôle; j’ai aussi dit beaucoup de mal de jeux comme D&D. Après, on peut donner des exemples de jeu de rôle, narrativiste ou non, avec des figurines ou pas, sur ordinateur, en ligne, en livre dont vous êtes le héros, avec des cartes, etc.

L’humain n’aime pas les définitions floues, c’est entendu; je peux donc comprendre que certains se retranchent derrière des définitions passablement complexes et restrictives. Je reste cependant persuadé que ce n’est pas la bonne approche et qu’il vaudrait mieux ouvrir le plus possible la définition pour n’exclure personne.

Il me semble juste que, depuis quinze ans, il serait peut-être temps de voir que le milieu du jeu a passablement évolué et le contexte socioculturel également.

(Photo Rachel K. via Flickr, licence Creative Commons Non-Commercial Share-Alike.)

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20 réflexions au sujet de “Le jeu de rôle n’existe pas”

  1. 1000D20 est certainement une bonne approximation ! Je pense qu’on ne peut même pas se fier aux ventes, puisque pour la vente d’un jeu (comme Tigres Volants), on peut avoir 2D20 parties par année incluant 1D100 joueurs différents.
    Je pense que tu pourrais écrire le même article en remplaçant “jeu de rôle” par “jeu de plateau” avec les mêmes problèmes de définition et de comptage. Tiens, ça fait longtemps que je n’ai plus rien écrit, je vais faire ça 😉

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  2. J’ai plutot tendance à penser pour ma part que les gens qui tergiversent tant à savoir ce qu’est un roliste ou non, sur ce qui est un jdr ou pas, sur ce qui mouille ou brule.. ou pas… ferait mieux de passer tout ce temps à jouer plutot qu’à palabrer sur des débâts qui, finalement, hormis occuper la langue entre deux cacahuètes (ou autre chose, mais cela ne nous regarde pas), ne sert à mon sens pas à grand chose… Et moi, le 1d20x1000, c’est en points de dégats que je le préfère 😛 (bien que j’avoue mon allergie au D20 et tout ce qu’il a engendré de mal !)

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  3. De toute façon je ne vois aucun rapport direct entre la vente d’un jeu de rôle et la pratique elle-même. Tous les joueurs ne sont pas obligatoirement acheteurs soit parce qu’ils sont créateurs de leur propre jeu, soit parce qu’ils exploitent un support qui date de plus de quinze ans sans l’avoir jamais renouvelé. Seul un sondage fait dans les règles (et malheureusement, ça ne se fait plus), ou une étude véritablement sérieuse serait à même de nous dénombrer, et encore faut-il avant toute chose tomber d’accord sur ce qu’est un rôliste (moi je trouve le terme pratique, car je suis paresseux). J’appuie vivement ton approche Alias, il faut arrêter de s’obstiner à sectoriser le jeu de rôle. Parce qu’à part vouloir la marginalisation de certaines pratiques et susciter une division qui ne fait que porter ombrage à la cohésion de notre catégorie culturelle (oserai-je dire, socio-culturelle ?), c’est une démarche qui ne rime à rien. En outre, “jeu de rôle” signifie quelque chose en soi, bien au-delà de la définition que l’on donne à nos jeux favoris.

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  4. Yep! Plutôt d’accord avec tout le monde. On a souvent tendance à revenir à un système qui nous a plu et donc limiter les achats (sauf si on est un acheteur compulsif, ce qui n’a rien à voir avec le jdr).
    Perso j’ai du mal à assimiler le jdr informatique comme du jeu de rôle “sur table” (le terme est mal choisi, mais c’est pour me faire comprendre). Les libertés sont moindres à l’écran, ce qui est à mon sens un des éléments prépondérant pour donner une définition du jeu de rôle que je conçois. La définition retenue pour les jeux PC est la progression des personnages par niveau en général…(ce qui est une autre caractéristique du jeu de rôle).
    Ainsi il me semble qu’une différenciation entre jeu de rôle papier et jeu de rôle électronique est nécessaire. Pour le reste la définition fluctue véritablement et est rôliste (ou joueur de jdr) celui qui veut bien se définir comme tel!

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    • Je te rejoins à 100% concernant la différenciation table/informatique. Aussi bons que puissent être les RPG – et dieu sait que certains ont occupé de grands pans de mes soirées – ils ne seront jamais des jeux de rôle. Pas de Face 2 Face, pas de composante théâtrale, pas d’imagination, pas de création, pas d’improvisation. Bref, c’est un loisir à part entière. Cumulable ou non avec le Jeu de Rôle.
      C’est d’ailleurs implicitement dans les estimations présentées ci-dessus. Autrement c’eut été 10D20 millions de joueurs.

      MJ

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      • Sauf que, de mon point de vue à moi que j’ai, ça reste une forme de jeu de rôle. Je ne suis pas certain que ce soit si éloigné que cela de ce que j’appelle le “modèle originel”, que, mettons, le grandeur-nature ou les modèles les plus extrêmes de jeux dits “narrativistes”.

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  5. Quant aux jeux vidéos typés “jeu de rôle”, j’ai également un souci. A mon sens, seul un humain peut juger de la qualité d’un rôle joué, ce qui laisse les MMORPG dans la catégorie “jeu de rôle” que l’on s’investisse ou non dans l’incarnation de son personnage comme on le ferait dans un jeu de rôle sur table. C’est l’usage général qui rend caduque cette notion dans un MMORPG mais pas le concept du jeu. Tandis que pour les jeux “solo”, le concept de RPG m’échappe. Si l’on estime véritablement jouer un rôle tout seul devant son écran au travers d’un personnage virtuel aux choix limités que personne d’autre que soi ne regarde, je pense qu’il faut être un peu gamin pour s’y croire… ou taré.

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    • Là, je ne suis pas d’accord. Pour avoir récemment joué à Deus Ex ou Bioshock 2, j’ai souvent eu avec ces jeux (et pour ne citer que ceux-ci) une impression d’immersion plus grande que dans certaines parties de jeu sur table.

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      • @Alias : Certes, mais ça reste ta sensation personnelle, une impression que tu ne peux vivre ou partager avec personne sur le vif. Je reste sur une définition sociale du jeu de rôle où incarner un personnage imaginaire n’a de sens que devant le regard d’autrui. Je me suis déjà senti impliqué et même concerné par l’histoire d’un personnage de jeu vidéo solo (comme dans Game of Thrones RPG récemment qui m’a fait ressentir la frustration et l’indignation de ses protagonistes comme jamais), mais je n’ai jamais eu l’impression d’y jouer un rôle, d’être ce personnage. Je n’ai pas joué aux jeux que tu cites, ils sont peut-être l’exception capables de me faire changer d’avis.

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  6. > (j’allais dire « un rôliste », mais je sais qu’il y a parmi les lecteurs de ce blog au moins un habitué qui hait ce terme avec l’intensité d’un millier de soleils)

    Merci pour la spéciale dédicace ! 🙂
    Rôludion est quand même beaucoup plus joli. 🙂

    Sinon, pour essayer d’être un peu constructif, bien qu’à côté du sujet (ou peut-être pas tant que ça), certains passages de ton billet m’amènent à exposer une analogie que je fais depuis longtemps entre JdR et “rock dur” (mais on pourrait aussi la faire avec les littératures dites “de l’imaginaire”, pour prendre un autre centre d’intérêt que nous avons en commun) : sans entrer dans les détails historiques, il y a trente ans, hard rock et heavy metal étaient synonymes. Plus maintenant. Pourquoi ? Parce que la musique a évolué (et continue à évoluer), que des sous-genres apparaissent, se développent, et divergent les uns des autres.
    Le JdR (sensu lato), c’est pareil. D’ailleurs, à l’origine, ce n’est qu’un sous-genre du wargame (n’en déplaise à certains révisionnistes). Et là où il y a trente ans existait une lingua franca entre tous ses pratiquants, le genre est désormais éclaté en un certain nombre de sous-genres qui ont divergé et continuent à évoluer. D’où des aspects très différents pouvant prétendre être classés sous l’étiquette JdR, et d’où l’impossibilité d’en donner une définition simple, claire, et qui contente tout le monde (et accessoirement, d’où aussi les difficultés que rencontre la presse rôludique “généraliste” face à un marché éclaté en niches).
    (d’où aussi les débats sans fin du genre “existe t-il des JdR informatiques ?”)

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    • Je pense que les considérations généralement prise en compte pour différentier le jeu de rôle sur table des jeux informatiques sont très biaisées. Comme le dit Alias, l’immersion est souvent meilleure, mais surtout il y a la différence de la moyenne. Quand on pense au jeu de rôle sur table, on peut à *la* partie, et pas à la moyenne des parties. Il est relativement aisé d’avoir accès à de bon jeux informatiques, l’accès aux /bons/ MJs est plus problématique.
      La situation était la même avec les échecs, tant qu’un grand maître russe battait les ordinateurs, l’humain était meilleur aux échecs que l’ordinateur, même si l’ordinateur rétamait 99.999% de la population…

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    • j’aime bien cette idée ddes sous-genres qui naissent et s’emancipent parfois, tout au long du temps. Ca donne une vision dynamique de la création ludique au dela des “paroisses”. Du wargame au JDR (en passant par DD), du JDR aux MMORPG etc…

      Sinon, la notion de frontière n’est pas incompatible avec un certain flou. C’est comme pour les nations, certains sont nés ailleurs, peuvent avoir 2 ou 3 nationalités, sans compter leur nouvelle résidence, leur conjoint, etc…

      ça vaudrait bien un petit graphique ça

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  7. J’avais mené une petite enquête sociologique il y a quelques années sur “l’identité rôlistique”… il en ressortait des codes, des références, un métalangage propres à une communauté.

    Pour ce qui est de votre réflexion sur ce qui est ou pas un jeu de rôle on peut poser l’exemple de jeux comme Ambre qui ne requiert pas de dés et demandent une co-production de l’univers (à divers degrés suivant les maîtres de jeux)…

    On peut donc partir du postulat que le monde du jdr est un mouvement culturel, et en tant que tel, évolue et se cherche au travers de divers facteurs et médias… en gros je suis 100% d’ accord avec votre analyse ! Mais pas avec le titre: c’est justement pour ces raisons que le jeu de rôle existe, car s’il était une activité bloquée dans une forme donnée, il dépérirait peu à peu. Toute activité humaine est un changement constant, ne serait-ce que par les diverses adjonctions de ses participants !

    sur ce, merci d’avoir lu ma prise de tête et bonne continuation !

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    • Le titre était 100% pur troll, mais merci pour cette contribution très intéressante – et pas seulement parce qu’elle va dans le même sens que mes opinions.

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  8. Est rôliste celui ou celle qui joue à un jeu de rôle. Point.
    Le reste on s’en moque, on joue avec des gens qui ont une sensibilité proche et puis cela fait des milliers de rôlistes différents.

    Je trouve cela tellement fatigant les Nerds qui la jouent universitaires sur le jeu de rôle, c’est ridicule, c’est un JEU. Un jeu ça se vie, la vie aussi d’ailleurs, alors soyons dans l’action et que les dés roulent !

    Je vous invite à jeter un coup d’oeil à mon blog sur lequel vous trouverez mes deux adaptations pour Savage Worlds et une petite création perso.
    N’hésitez pas à me faire un retour, et si vous lisez l’anglais, je mets bientôt en ligne une grosse adaptation pour Savage Worlds ^^

    Bonne continuation

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    • Bienvenue sur mon blog via ce très très vieux billet. 🙂

      Par contre, ne m’en voulez pas, mais Savage World, c’est vraiment pas ma came.

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