Le numérique comme un nouveau langage

En ces temps où la méconnaissance d’Internet et d’un peu tout ce qui concerne le numérique nous vaut un vote aussi dangereux qu’inutile, Jérôme Choain, dit JCFrog, vient de poser une fort belle réponse à intitulée Lettre aux analphabètes sur son blog.

En quelques mots, il résume un des plus gros problèmes qui commence à poindre: le développement rapide – à peine une génération – des technologies numériques s’accompagne d’une ignorance croissante sur les tenants et aboutissants de ces technologies.

À vrai dire, peu de gens comprennent vraiment les tenants et les aboutissants d’Internet et des technologies qui s’y rattachent. Même moi, qui baigne dedans depuis près de trente ans – j’ai eu ma première adresse email en 1988 – je me considère objectivement comme à peine lettré.

Jérôme pointe du doigt un déficit criant dans l’éducation des nouvelles générations – sans même parler des actuelles, qui barbotent à quelques centimètres du bord de l’océan et qui sont censées servir de maitres-nageurs aux premières.

Le numérique, c’est un peu comme un nouveau langage. Mais ce n’est pas comme l’italien ou l’espagnol quand on connaît le français, mais plutôt comme l’islandais, le finnois ou – dans les mauvais jours – le coréen.

Il faut non seulement reconnaître des nouveaux mots, mais aussi – surtout – une nouvelle grammaire; en bref, une nouvelle façon de penser. Une nouvelle culture où des mots comme “copie”, “censure” ou même “culture” n’ont plus tout à fait le même sens. Et, si on veut se comprendre, mieux vaut connaître cette différence.

Alors oui, c’est compliqué; vu de l’extérieur, c’est un peu comme d’aller brosser les dents d’un Sarlacc. Mais c’est capital, parce que c’est un peu la base du nouveau monde qui est en train de se créer. On pourrait très bien vivre sans, mais si ton banquier, ton élu local et ton patron commence à parler en coréen, tu auras peut-être envie de savoir ce dont ils causent.

Alors oui, il y aura des gens pour se dire que ce n’est pas pour eux. C’est à eux de voir, mais il ne faudra pas venir chouiner quand il y aura des choses qui changeront dans leur vie sans qu’ils en soient avertis ni qu’ils y puisse quelque chose.

La vraie question, que laisse hélas un peu en suspens l’auteur, c’est “qui pour donner cette éducation?” C’est un peu une de mes râlaisons récurrentes: le manque de didactisme des milieux geeks – surtout dans la mouvance open-source.

Un éducation populaire du numérique, ce serait une bonne idée, mais je crains qu’on ne s’écharpe longtemps sur les termes “populaire” et “numérique”, voire sur “éducation” (et, dans les mauvais jours, sur “du”).

À première vue, il ne faut pas non plus trop compter sur les pouvoirs publics: on a vu que beaucoup d’y comprennent que pouic, et ce sans compter ceux qui n’ont pas intérêt à ce que leurs électeurs en sachent plus qu’eux.

Cela dit, je ne peux qu’approuver l’idée. L’effort risque cependant d’être colossal avant d’arriver à avoir un impact significatif sur la masse de nos concitoyens, qui bien souvent consomment sans comprendre.

Image: Book on Table (Samuel Johnson’s A Dictionary of the English Language) via Flickr sous licence Creative Commons.

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