“Lensman”, de E.E. “Doc” Smith

Cet hiver, j’ai enfin pu combler une lacune dans ma culture SF en (re)lisant l’intégrale de la série des Lensman, signée Edward Elmer Smith (plus connu sous le nom de “Doc Smith”). Lacune d’autant plus frustrante que j’en avais lu les trois premiers en français il y a très longtemps, parus dans la collection SF Albin Michel, qui atteint aujourd’hui des sommets de rareté et dont je n’avais jamais pu trouver la suite.

Au reste, même les trouver en anglais a été plus que compliqué: les dernières éditions ont plus de quinze ans et sont à peu près introuvables, ce qui est quand même étonnant pour une série qui est une des sources majeures du sous-genre “space opéra”. J’ai dû me rabattre sur des éditions électroniques publiées dans le cadre du Projet Gutenberg, partiellement incomplètes et truffées d’erreurs de numérisation.

La série contient six tomes: TriplanetaryThe First LensmanGalactic PatrolThe Gray LensmanSecond-Stage LensmanChildren of the Lens, ainsi qu’une suite, Masters of the Vortex, que je n’ai pas lue. La plupart des volumes ont été écrits et publiés en magazine dans les années 1930-1940, puis retravaillés et republiés en livres dans les années 1950; ça se voit: on est dans le domaine des fusées, des pistolasers qui font piou-piou et des héros à mâchoires carrées.

Dit en termes rôlistes, c’est une histoire de gros-bills. À part Triplanetary, qui est une sorte de prélude (et qui d’ailleurs était originellement séparé du cycle), les romans racontent la création de la Patrouille galactique et du corps des Lensmen (les Fulgurs, en français), des individus surentraînés dont les capacités mentales sont décuplées par l’adjonction d’un “joyau” (Lens), qui est également le symbole inimitable de leur fonction.

Cette Patrouille galactique, qui représente la Civilisation (notez la majuscule), lutte contre un ennemi mystérieux, nommé Boskone, qui est son antithèse. Au-delà de ces deux protagonistes, ce sont deux peuples extrêmement avancés, les Arisiens et les Eddoriens (respectivement), qui se livrent une bataille pour la suprématie stellaire.

On suit surtout, à partir du troisième volume (Galactic Patrol) les exploits de Kimball Kinnison, avant-dernier représentant d’une lignée manipulée depuis la nuit des temps par les Arisiens pour devenir l’arme ultime contre les Eddoriens. À lui tout seul, il va démolir une grande partie de Boskone, avant que ses enfants ne finissent le travail en poutzant les Eddoriens dans le dernier volume; oui, je spolie, mais vu le genre, ce n’est pas comme si c’était une grosse surprise…

Cependant, c’est quand même une série qui pose les bases d’un certain nombre d’éléments que l’on retrouve tout au long du XXe siècle dans la science-fiction moderne, avec notamment des combats spatiaux hallucinants, des menaces interstellaires indicibles, la notion de “peuples gardiens”, des civilisations non-humaines étranges. Comment ne pas lire ces bouquins et y voir des points communs avec Star Wars (un peu) et Star Trek (beaucoup), voire Babylon 5?

Alors oui, c’est très daté: entre une technologie stellaire à base de relais téléphoniques et de cartes perforées et une vision de la société future très “Amérique 1950”, on a quand même un peu de mal à rentrer dans l’histoire, mais il y a pas mal de points qui sonnent encore assez modernes. Certaines idées sur l’impact de la politique sur la conduite d’opérations est assez bien vue, ainsi que, plus tard, les tentatives de déstabilisation de la “Civilisation”.

Je n’irais pas jusqu’à dire que cette série est un passage obligé pour tout amateur de science-fiction: ce n’est pas très bien écrit, c’est très convenu et très manichéen par bien des côtés et très daté, tant du point de vue de la technologie que de la société; c’est de la SF des années 1940.

Néanmoins, c’est un peu une œuvre séminale en ce qui concerne le space opéra (ceux qui ont lu le jeu de rôle éponyme de FGU y trouveront d’ailleurs la plupart des inspirations) et elle contient son lot de bonnes idées et, surtout, des batailles spatiales qui n’ont pas à souffrir de la comparaison avec des séries plus modernes, comme par exemple Honor Harrington.

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