“Les étoiles s’en balancent”, de Laurent Whale

Je ne voudrais pas faire mon Vieukon, mais de mon temps, les Français – les Gilles Thomas/Julia Verlanger, P.J. Herault et autres G. Morris – savaient y faire en matière de post-apo. Le genre est un peu tombé de mode avec la fin de la Guerre froide, mais Les étoiles s’en balancent, de Laurent Whale, renoue avec cette tradition de fort belle manière.

Les temps changent: ce n’est pas une guerre meurtrière qui transforme la France en champ de ruines quadrillé par des bandes de nomades et où surnagent quelques villes-état fortifiées, mais la déliquescence graduelle et inexorable des États-nations du XXe siècle, à la suite d’une énième crise économique. Chaque chapitre commence d’ailleurs par une courte dépêche qui relate ces événements dans les années 2020-2040, environ trente ans avant le début du bouquin.

On y suit Tom Costa, l’un des derniers pilotes de ce monde en ruine, opérant depuis la cité de Pontault en grande banlieue parisienne. Pilote qui commence par planter son avion, d’ailleurs, mais cela va assez vite être le cadet de ses soucis: une force inconnue commence à débouler du nord, ravageant tout sur son passage, et le seul espoir de survie qu’ont les cités alentours tient beaucoup dans les capacités de pilote de Tom, de son équipe de bricolos et des épaves volantes qu’ils pilotent.

Si la narration et la trame ont pas mal de petits défauts, il faut quand même avouer que Les étoiles s’en balancent est un roman très bien ficelé et qui, malgré une taille conséquente (environ 350 pages), se lit vite. On est vite pris dans la trame des événements et on a envie de savoir comment les choses vont se terminer. De ce point de vue, c’est une réussite indéniable.

Les défauts sont à chercher au niveau d’un contexte qui fait un peu trop style-genre – en même temps, ça fait partie du charme du bouquin – et de l’histoire d’amour entre le pilote et sa belle, qui fait franchement pièce rapportée. À vrai dire, c’est quand même beaucoup une histoire de mecs: à part ladite belle, les personnages féminins brillent par leur absence. Je dois avouer être également passé à côté de la fin qui a des tendances au deus ex machina.

Par contre, un élément qui m’a marqué, c’est à quel point ce bouquin “répond”, sous la forme d’une fiction, aux idées d’utopie anarchiste du pamphlet Premières mesures révolutionnaires. Dans cet opuscule, on voit une situation très similaire à celle décrite dans Les Étoiles s’en balancent – la fin des institutions étatiques – mais avec l’idée qu’une organisation locale les remplacera pour faire quelque chose de plus humain.

Si “plus humain” veut dire “chacun pour sa gueule”, alors on est d’accord. J’aimerais bien qu’Éric Hazan et Kamo aient raison, mais je crains que la fiction de Laurent Whale soit plus proche de la réalité potentielle.

Toujours est-il que si vous aimez le genre post-apocalyptique à la façon des Fleuve Noir Anticipation, avec ses maniérismes et ses idées anarchisantes, je vous conseille chaudement la lecture de Les étoiles s’en balancent – dont il existe d’ailleurs une suite, Les damnés de l’asphalte.

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