Les voleurs de libre

Le voleur de sens

Un des arguments qu’on oppose souvent à la notion de licence libre, c’est le côté « oui, mais si je ne protège pas mes créations, n’importe qui peut les prendre et les vendre en mon nom. » C’est vrai et ça arrive – et les quelques anecdotes récentes que je mentionne dans ce billet le prouvent – mais c’est moins grave que l’on pourrait le penser. Parce que voler quelque chose qui est disponible gratuitement, c’est quand même très con, quelque part.

Premier exemple avec Pouhiou, un auteur que j’ai découvert récemment, notamment via ses vidéos pédagogiques Et mon cul, c’est du Pouhiou? – et que j’ai rencontré à Geekopolis. C’est réellement quelqu’un d’engagé dans le « domaine public vivant », concrétisé par l’usage de la licence Creative Commons 0 (CC0) sur ses œuvres.

Or, récemment, il s’est aperçu que deux de ses textes étaient apparus sur Amazon, reformatés pour la plate-forme Kindle, mais très mal. Payant, bien entendu. En soi, c’est parfaitement légal et autorisé par la licence CC0.

Mais les offrir à la vente est une infraction à la licence d’utilisation de la plateforme, qui stipule que le prix doit y être plus bas que sur toute autre plateforme. Or, les fichiers sont disponibles gratuitement sur le site de l’auteur. Là où ça vire réellement à la farce, c’est que le branlo qui a mis en ligne les fichiers sur Amazon n’est personne d’autre que… Amazon lui-même.

Deuxième exemple, la multiplication récente de vols de fanfiction par un ou plusieurs individus opérant sous le pseudonyme de Jason Matthieu ou Jason Maskerade, qui ont mis des textes qui ne leur appartenaient pas en ligne sur plusieurs plateformes de vente en ligne.

Curieusement, ces plateformes qui sont souvent promptes à déréférencer des vidéos pour dix secondes de musique qui déplaisent aux grandes industries semblent beaucoup moins regardantes vis-à-vis de textes qui sont publiés par des gens qui n’ont pas l’équivalent d’une division de cavalerie blindée en avocats.

Mais, dans ces deux cas, le souci pour le voleur est qu’il est très facile aux auteurs spoliés de générer une tempête de merde conséquente. D’abord, la plupart des plateformes en lignes disposent d’outil pour noter et/ou commenter les créations vendues; il suffit juste d’aller signaler, poliment, que l’ouvrage vendu sur ladite plateforme, est disponible, légalement et gratuitement, sur le site ad hoc.

Ensuite, il est raisonnablement facile à un auteur de prouver sa bonne foi avec une publication antérieure. Certes, si on a en face de soi une entité monolithique à l’administration façon « horde mongole » (si vous croyez que, dans ce domaine, les entreprises privées sont plus performantes que les institutions publiques, vous êtes très naïfs), ça ne va pas aider dans l’immédiat, mais ça permet de générer un bon gros bad buzz tout à fait justifiable et justifié.

Cela dit, autant j’aime bien les Effets Streisand ou Flamby, autant je me méfie un peu des bad buzz, qui peuvent vite prendre des allures de chasse aux sorcières. Du coup, je suis assez partisan de la première méthode, préconisée par Pouhiou: rien de méchant pour le vendeur, pas d’insulte, mais un rappel public que le fichier est disponible gratuitement (avec un vote à cinq étoiles, ce qui est toujours bien pour le référencement).

Il y a des voleurs, il y  aussi des gens qui, disons, ne sont pas super-clairs dans leur tête sur ce qui est légal et ce qui ne l’est pas. Je ne vous dirai pas le nombre de fois où j’ai entendu la phrase « si c’est sur Internet, c’est libre de droits »: j’ai perdu le compte vers 1998. C’est peut-être un peu naïf, mais j’ai tendance à penser par défaut que les gens sont de bonne foi. Jusqu’à preuve du contraire.

Et, pour en revenir à la question initiale, une licence libre n’empêchera pas plus un vol que si l’œuvre est blindée de notifications de droits d’auteur. Alors pourquoi s’embêter avec des arguties légales ingérables?

(Image: « Le voleur de sens » par EquinoxeFR via Flickr, sous licence Creative Commons.)

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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3 réponses

  1. psychee dit :

    Petite erreur dans ton article, non, ce n’est pas amazon qui a publié en payant les textes de Pouhiou… c’est juste que tout ce que publie amazon ainsi est signé « Amazon », quelle que soit la personne qui a publié et mis ces textes en version payant.

    • Alias dit :

      Tu es sûre de cela? Parce que je tiens cela de l’article originel.

      EDIT: il y a eu un EDIT sur le site originel depuis, que je n’avais pas vu.

  2. PM dit :

    Dans la même catégorie, sur Amazon toujours, tu trouvais (trouves toujours ? j’ai la flemme de chercher) plein de « bouquins » apparemment papier, qui n’étaient que des reprises (payantes) de rubriques wikipedia…

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