"L'Étrangère", de Gardner Dozois

“L’Étrangère”, de Gardner Dozois

L’Étrangère est un bouquin qui ne peut finir que mal. C’est plus ou moins dit depuis le début; je vous spolie à peine le chapitre trois, là. Court roman de science-fiction signé de l’auteur américain Gardner Dozois. Il date de 1978, mais je l’ai reçu par service de presse de Actu SF, qui vient de le rééditer.

En fait “d’étrangère”, on devrait plutôt parler d’étranger, dans un premier temps, puisque l’histoire s’attache principalement au point de vue de Joseph Farber. Jeune artiste sorti de sa cambrousse allemande par un gouvernement mondial terrien récemment formé, il part rejoindre une communauté interstellaire,et tombe y amoureux de Liraun Genawen, une extra-terrestre.

Seulement, les choses ne se passent pas comme dans les romans de science-fiction positifs et héroïques: les civilisations extra-terrestres sont réellement aliens – du genre cailloux baveux intelligents – et les pauvres terriens sont baladés dans des mondes où tous leurs interlocuteurs les prennent de haut, comme les noobs qu’ils sont.

Et puis il y a Lisle – enfin, Weinunach – dont les indigènes sont humanoïdes. Mais, même ainsi, ils ne sont pas humains et Farber, embarqué dans son histoire d’amour impossible, va faire l’expérience cruelle de ce qu’est un choc culturel. Un gros.

L’ÉtrangèreStrangers en version originale, mais le titre français se justifie amplement – c’est l’histoire d’une immersion en apnée dans une culture non-humaine, dans le danger de calquer ses propres a priori culturels sur une civilisation différente. En creux, c’est aussi une critique de la domination culturelle et de l’arrogance des élites, incapables de se remettre en question face à quelque chose qui les dépasse. Le colonialisme n’est pas très loin.

Malgré le fait que le texte a près de quarante ans, il ne m’est pas apparu comme particulièrement daté. Tout au plus, je lui reprocherais une tendance à la longueur dans les descriptions. Les incursions objectives – quelques chapitres qui racontent l’histoire après les faits – sont intrigants, apportant un éclairage extérieur intéressant, sans rien révéler d’important. Sinon que ça va mal finir, mais on s’en doutait.

Il est rare que je m’enthousiasme sur ce genre de bouquin, qui tient plus du drame intimiste que du récit de science-fiction, mais justement parce qu’il parle de thèmes qui m’intéressent particulièrement: le choc des cultures et leurs non-dits, les évidences qui n’en sont pas, la communication.

Bref, c’est du court, mais c’est du bon. La seule chose que je regrette – un peu – c’est de l’avoir lu en français, mais au vu de la qualité de la traduction de Jacques Guiod, c’est plus par snobisme.

D’autres avis, globalement similaires au mien, chez Gromovar (qui souligne assez justement le parallèle avec le Stranger in a Strange Land de Heinlein), Nébal et Lune.

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