Lettre ouverte à mes représentants

Panorama de l'hémicyle de l'Assemblée nationale

Ce billet est le seul que je compte écrire suite aux attaques de Paris, le 13 novembre 2015. Vous savez sans doute que je possède la double nationalité, française et suisse. Je peux donc élire des représentants à l’Assemblée nationale française, ainsi qu’au Sénat; dans ce dernier cas, je suis même un des rares citoyens à pouvoir le faire.

La mise en place de l’invraisemblable gloubiboulga législatif, dans la précipitation – pour ne pas dire « panique générale » – m’a incité à prendre la plume (ou le clavier) et écrire pour la première fois à mes représentants auprès des instances législatives françaises, la députée Claudine Schmid et les douze sénateurs représentant les Français de l’étranger.

Voici le contenu de ma lettre:

Madame la députée, Mesdames et Messieurs les sénateurs,

Je vous écris pour vous faire part de mon inquiétude vis-à-vis des lois votées par l’Assemblée nationale, suite aux attaques du 13 novembre à Paris.

Je suis de l’avis que ces lois sont inutiles et dangereuses. Inutiles, car elles s’ajoutent à un arsenal législatif déjà existant et plus que conséquent et je doute qu’elles puissent prévenir le moindre attentat. Au reste, on ne peut pas arrêter quelqu’un qui n’a pas peur de mourir.

Dangereuses, car elles mettent à mal un certain nombre des principes de base de la république, tels que les droits humains, la séparation des pouvoirs et l’état de droit. De plus, elles font le jeu des commanditaires des attaques, en validant l’idée que la France puisse être en guerre, alors que ce sont des actes qui sont criminels et non militaires.

Comme vous, j’ai été choqué par ces attaques; j’ai beau vivre en Suisse, j’ai beaucoup d’amis qui vivent à Paris et j’y passe moi-même plusieurs fois par an. Plusieurs de mes amis se sont retrouvés pris dans le mouvement de panique qui a suivi les attaques et si fort heureusement personne que je connais n’a été tué ou blessé, cette expérience reste pour eux un traumatisme. Pourtant, aucun d’entre eux ne souhaite les mesures qui ont été décidées.

J’attends des autorités de mon pays qu’elles agissent de façon réfléchie et rationnelle, mais j’ai l’impression d’avoir assisté, cette semaine, à une réaction purement émotionnelle, réaction qui va désormais être inscrite dans la Constitution.

Je ne vous demande pas de changer d’avis, mais je vous demande de bien réfléchir aux conséquences de ce que vous allez voter. Je crains qu’en confirmant ces mesures liberticides, les législateurs ne causent sans le vouloir, à moyen et à long terme, plus de dommages à la France que ces attaques criminelles.

En vous remerciant par avance de votre attention, je vous prie d’agréer, Madame la députée, Mesdames et Messieurs les sénateurs, l’expression de ma plus sincère considération.

Stéphane Gallay
Onex/Genève, Suisse

(Photo: Panorama de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, de Richard Ying et Tangui Morlier via Wikimedia Commons, sous licence Creative Commons, partage dans les mêmes conditions.)

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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1 réponse

  1. Roboduck dit :

    Court et sobre, très bien.

    A ce propos, une amie vient de me transmettre un texte que je trouve très bien. Comme je ne suis plus sur les réseaux sociaux, je le partager ici: http://blogs.mediapart.fr/blog/sarah-roubato/201115/lettre-ma-generation-moi-je-nirai-pas-quen-terrasse
    Roboduck Articles récents…Les aventures de Drake MaijstralMy Profile

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