“L’instinct de l’équarisseur”, de Thomas Day

Sur Sherlock Holmes, on a beaucoup écrit, beaucoup dit et beaucoup filmé; difficile de trouver quelque chose d’original sur le sujet. Pourtant, L’instinct de l’équarisseur, de Thomas Day, parvient à créer la surprise en partant du principe suivant: et si Arthur Conan Doyle racontait, par le biais des aventures que l’on connaît, les chroniques d’un univers parallèle, regorgeant de technologie bizarroïdes dans le plus pur style steampunk?

Et si, surtout, le Holmes qui y réside était un individu si hors norme que son alter-ego romanesque, aussi outré soit-il, n’en est qu’une pâle copie, édulcorée pour ne pas choquer les sensibilités victoriennes? Car le Sherlock Holmes de Day n’est rien de moins que l’assassin royal, chargé par la reine Epiphany I d’éliminer les criminels les plus monstrueux de Londen.

Assez de l’histoire, qu’en est-il de l’ouvrage? En résumé, je dirais “Sympa, mais.” Autant j’aime beaucoup la remise en question du mythe Sherlock Holmes et le côté steampunk allumé de l’univers parallèle dans lequel il évolue, autant le style d’écriture finit par m’agacer.

Il y a d’une part le côté “gore & sexe”, qui me rappelle un peu trop les folles années de la collection Fleuve Noir Anticipation — où, trop souvent, l’ultraviolence complaisante tenait lieu d’alibi scénaristique, voire de talent littéraire. Dans ce contexte, le personnage d’Elizabeth Worrington arrive trop tard et de manière presque trop artificielle pour être réellement intéressante. Du coup, elle devient caricaturale.

Ensuite, il y a un style qui, dans l’ensemble, est agréable, mais qui pêche par des tics d’écriture agaçants: les comparaisons descriptives hyperboliques, par exemple; une par chapitre, ça va; trois par page, c’est trop. Thomas Day part sur de bonnes idées, mais en fait trop.

Dans l’ensemble, c’est un bon bouquin: certaines scènes valent leur pesant de cacahouètes (Sherlock Holmes inventant le détournement aérien — deux fois), les personnages sont bien enlevés (voire bien barrés; parfois, on dirait des personnages de jeu de rôle, c’est dire) et l’aventure est menée tambour battant, avec un minimum de temps morts. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser qu’il aurait pu — qu’il aurait dû — être bien meilleur avec un peu plus de rigueur stylistique.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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