« La Lune n’est pas pour nous », de Johan Heliot

Dans La Lune n’est pas pour nous, roman de Johan Heliot, il y a des Nazis, des Zeppelin, du dieselpunk, de l’uchronie et des extra-terrestres. Je signe où? En fait, avant de signer, j’aurais peut-être dû faire attention à un léger détail: ce livre est en fait non seulement la suite de La Lune seule le sait, que je n’ai donc pas lu, mais il précède également La Lune vous salue bien. Du coup, j’ai un peu l’air fin en déboulant au milieu d’une trilogie.

Cela dit, comme il y a quarante ans entre les deux, ce n’est pas si gênant: la plupart des trous se résolvent d’eux-mêmes et les allusions au précédent sont rares. De plus, un petit glossaire en fin d’ouvrage aide à combler les trous. Sachez donc que nous sommes dans les années 1930, mais sur une Terre où une très longue guerre mondiale a vu la défaite de la France et son humiliation: tous les monuments parisiens ont été transférés vers Germania, la nouvelle et moderne capitale du Reich.

C’est donc dans un Paris qui n’est plus que l’ombre de sa gloire que le jeune Léo Malet est embrigadé dans un cambriolage chez un vieux ponte des Ligues fascistes en place, cambriolage qui tourne mal et le laisse sur le carreau. Le roman aurait pu s’arrêter là sans l’intervention des Sélénites, les habitants d’une Lune utopique (un ancien camp de prisonniers sur la face cachée de la Lune), et leurs alliés extra-terrestres les symbiotes Ishkiss.

Comme dans beaucoup de romans uchroniques, La Lune n’est pas pour nous est un festival de name-dropping, avec un grand nombre d’acteurs historiques dans les seconds rôles, parfois à contre-emploi. Les principaux protagonistes de l’histoire, qui se lancent dans une mission d’infiltration au cœur du régime nazi, sont donc Léo Malet et Albert Londres. À peu près toutes les (sales) têtes du Reich sont présentes, mais aussi celles de la France fasciste (Pétain, Doriot, Brasillach et autres); plus surprenant, Erich von Stroheim en dignitaire allemand et agent sélénite.

Je dois tout de suite dire que j’ai plutôt bien aimé ce livre – assez pour me mettre en quête des deux autres. Bon, comme mentionné: mélangez uchronie, dieselpunk et SF, vous pouvez être sûr que je vais être au minimum intéressé. Le roman a côté pulp très prononcé, avec des personnages plus grands que nature, des gadgets et des pouvoirs hors du commun et des destins qui leurs valent de Sauver le Monde – ou pas.

Cela dit, le défaut du pulp, c’est qu’il frôle souvent le pastiche, voire l’auto-parodie et qu’on arrive souvent à une sorte de variante de la Loi de Poe où il est impossible de faire la différence entre un pastiche assumé et du premier degré maladroit. Je me suis laissé porter par l’ouvrage et c’est plutôt bien passé, mais je conçois que des lecteurs moins sensibles au genre pourraient s’ennuyer quelque peu.

Je ressors donc de la lecture de La Lune n’est pas pour nous avec un a priori favorable, mais je réserverai mon jugement pour la lecture de la trilogie entière – qui est bien évidemment sortie en édition omnibus depuis.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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