Magma à Genève

Magma à Genève

Je l’avoue: je ne suis pas un fan inconditionnel de Magma, mais quand on me les annonce en concert à Genève, je n’hésite pas un instant! Parce que, pour reprendre une expression d’Axelle, qui ne parlait pas du tout de ça, les héros meurent, les Légendes sont éternelles.” Et dans le genre légendes, là c’est du sérieux!

Magma, c’est un peu le groupe de rock avec des extra-terrestres pour de vrai – ou peu s’en faut. Fondé à la fin des années 1960, ils ont commencé par créer leur propre langage – le kobaïen – et ont embrayé en fondant leur style musical à eux, le zeuhl, quelque part entre le jazz-rock, le rock progressif le plus fumé et les opera-rock des années 1970.

Ouais, c’est spécial. Genre du rock progressif extrême, à l’instar du metal extrême. Ok, dit comme ça, ça sonne un peu comme “extrême centre” sauf que c’est pas du tout le genre, bien au contraire.

Mais vous me connaissez: ce n’est pas ce qui me fait peur à priori, surtout dans le domaine musical et la perspective de voir sur scène le groupe que j’avais découvert dans le film de Jean Yanne, Moi y’en a vouloir des sous était irrésistible. Un bref passage sur un site de vente en ligne pour acquérir un billet et quelques échanges de courriers avec l’agence pour obtenir un passe-photo, et me voici paré pour une expédition sur la planète Kobaïa.

Rendez-vous à l’Alhambra, salle mythique de Genève au pied de la Vieille-Ville, que j’avais connu à l’époque où c’était encore un cinéma à l’ancienne. C’était il y a longtemps; depuis, l’endroit a été rénové façon théâtre.

Petite déception: ce sont des places assises; je veux bien que Magma, ce n’est pas le groupe de rock lambda, mais la perspective d’assister à un concert le cul posé m’attriste profondément. C’est notamment une des raisons pour lesquelles j’ai raté quelques artistes au Théâtre du Léman.

L’événement a du coup un petit côté “spectacle à l’ancienne”, avec ouvreuses, places numérotées et même la petite sonnette pour annoncer le début du spectacle. Et un entracte, aussi.

Dans le genre décalé, c’est assez raccord avec Magma. La musique est aussi complexe – limite absconse – que la mise en scène est sobre: entre free jazz, rock progressif et comédie lyrique, les musiciens en tenues noires simples et avec un jeu de scène sans esbroufe.

Le tout serait assez statique s’il n’y avait pas la musique. Magma attaque avec la quasi intégralité de Ëmëhntëhtt-Ré, ce qui me remplit de joie, vu que c’est un des rares albums que je connais. Après l’entracte, on passe à Theusz Hamtaahk (premier mouvement de la trilogie du même nom), puis à Slag Tanz et, en rappel, Ehn Deiss.

Ouaip, vous avez bien lu: ça fait quatre morceaux en tout – enfin, trois et un rappel – pour une durée totale qui dépasse une heure et demie. Autant dire que c’est intense! Si je ne suis pas fan des parties chantées, qui représentent tout de même un des cœurs de la musique de Magma, j’ai trouvé les passages instrumentaux carrément ébouriffants.

Certains passages sont des sortes de boucles hypnotiques analogiques, scandées par les trois chanteurs – ou quatre quand Christian Vander, batteur et fondateur du groupe, s’en mêle – et martelé par une section rythmique implacable. D’autres sont des fulgurances parfois chaotiques, parfois magnifiques, avec des montées en puissance de folie et des soli qui tabassent.

Les musiciens sont tous impressionnants au possible; seul le guitariste est-il peut-être un peu en retrait, mais il faut dire à sa décharge qu’il se retrouve en concurrence avec un clavier et un vibraphone tous deux très enthousiastes et un bassiste très expressif.

Au reste, le public est debout à la fin du deuxième set et encore une fois après le rappel; certes, dans une configuration de salle plus rock, l’ambiance aurait été un peu moins contemplative pendant les morceaux, mais ça ne veut pas dire que les Genevois (et assimilés), qui avaient presque rempli la salle, s’étaient endormis pendant le concert.

Il faut dire que c’est encore un concert où ma présence fait baisser la moyenne d’âge. Au reste, certains des spectateurs avec qui j’ai discuté avaient déjà vu le groupe à l’époque où j’avais à peine l’âge d’écouter Piccolo, Saxo et Compagnie. Les vrais savent de quoi je parle.

Bon, cela dit, en parlant de vieux, les concerts en milieu de semaine, c’est rude pour les organismes (fraîchement) quinquagénaires, mais je ne regrette rien! Ne vous laissez pas tromper par l’étiquette “légendes du prog”: Magma en live, ce n’est peut-être pas pour toutes les oreilles, mais c’est du solide, de l’inoxydable.

Ma galerie de photos est sur Flickr, toujours sous licence Creative Commons; vous pouvez également voir celle de mon ami Christophe “Titof” Losberger, qui est bien plus doué que moi dans cet exercice.

Hamtaï kobaia!

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