Mariage pour rien

J’ai beau être marié et pour le moins heureux dans mon couple, l’article d’InternetActu 2040 : la fin du mariage m’est apparu comme salutaire sur un certain nombre de points qui semblent faire débat ces derniers temps. À commencer par le léger détail que le mariage et la famille “traditionnels” tels que nous les connaissons aujourd’hui sont, pour leur plus grande partie, une invention des conservateurs du XIXe siècle.

Avant, la famille est plus une sorte de colocation entre géniteurs, enfants plus ou moins légitimes, neveux, cousins et autres, et même la domesticité (qui, si ça se trouve, entre dans une des catégories ci-dessus). De plus, elle a été motivée plus par des questions économiques que, disons, sociales ou religieuses. Et elle a évolué pour s’adapter à des réalités socio-économiques nées de la Révolution industrielle.

On est donc en plein dans le domaine du storytelling, avec des milieux conservateurs contemporains qui font référence à un Âge d’Or qui n’a jamais existé – comme tout Âge d’Or qui se respecte, d’ailleurs. Le mariage est une construction artificielle adaptée à une époque révolue depuis, au mieux, les Chocs pétroliers des années 1970.

Le souci est que cette narration sociale est si imposante qu’il est très difficile à des gens qui sont un peu nés dedans – genre, moi – d’arriver à appréhender des alternatives. Un peu toute notre société est bâtie autour du fait que les gens vivent en couples hétérosexuels et ont des enfants.

Sauf que les couples divorcent, nombreux sont ceux qui ne souhaitent pas avoir d’enfants et, d’une façon plus générale, on s’aperçoit que l’on ne vit pas dans un monde avec deux sexes et une approche purement reproductrice, mais avec une multitude de sexualités différentes, des identités sexuelles également variables et, pour ne rien arranger, des sexes biologiques qui ne se conforment pas non plus à leur image traditionnellement binaire.

Et je ne parle même pas des connotations religieuses autour du mariage – qui, pour certains, revêt un caractère sacré – et des imbroglios politico-culturels que cela implique. Sinon, on n’est pas couchés. Sans jeu de mots.

Il faudrait une fois pour toute poser la question d’à quoi sert réellement le mariage et voir, à partir de là, ce qu’il est important de légiférer et de laisser le reste au bon vouloir des citoyens. Est-ce réellement nécessaire à l’éducation des enfants? Est-ce réellement un impératif économique dans une société où les deux parents peuvent (ou doivent) travailler? Est-ce que ça justifie un statut fiscal différent? Est-ce obligé que cela implique un homme et une femme ou même seulement deux personnes?

De façon plus générale, il serait temps de réfléchir au mariage dans le cadre du monde dans lequel on souhaite vivre et non dans celui d’une fiction passéiste. Et pas qu’au mariage, d’ailleurs.

(Image: “Premier mariage civil à Sens en 1792”, salle synodale, célébré par M. Scherrer, décor de la salle des mariages de la Mairie de Sens. Photo: Jean-Pierre Dalbéra via Flickr sous licence Creative Commons.)

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