“Mission of Honor”, de David Weber

Mission of Honor est le dernier volume en date de la série de science-fiction de David Weber qui est centrée autour du personnage de Honor Harrington, officier de la flotte spatiale du Royaume stellaire de Manticore. Mine de rien, c’est du dense: un pavé de 600 pages écrites petit. Il m’a bien fallu le voyage en train de Stuttgart vers Bâle et une poignée d’heure à côté pour en venir à bout. On est loin du côté “roman de quai de gare” des débuts, avec ses couvertures kitsch et ses vaisseaux en forme de double gode (à part les couvertures, toujours aussi kitsch).

Je vous fais grâce de l’histoire depuis le début, sinon pour dire qu’il s’agit d’un univers où plusieurs jeunes nations stellaires se retrouvent à se faire la guerre et jouent de dangereux jeux d’alliance, à l’ombre de l’ancienne Ligue solarienne, centrée autour de la Terre et en pleine déliquescence. Mission of Honor contient pas mal des ingrédients des volumes précédents, à base de combats spatiaux spectaculaires et de haute et basse politique, avec une très nette emphase sur les seconds que les premiers. C’est d’ailleurs un peu le problème du bouquin.

Si les premiers volumes de la série étaient clairement dans le style de science-fiction militaire, les derniers volumes s’en éloignent passablement. L’intérêt est qu’on a, avec le “Honorverse” (qui contient une volée d’ouvrages annexes que je n’ai pas encore lus), un univers spectaculairement complet et complexe, qui dégage un sentiment de crédibilité très appréciable pour quelqu’un comme moi, qui apprécie les mondes bien construits.

Le défaut est que cette richesse se fait souvent au détriment de l’histoire: Mission of Honor semble consister aux deux-tiers en des discussions interminables entre politiciens et/ou militaires, ce qui en plus introduit un foisonnement de noms nouveaux, dont certains ont une durée de vie très brève – au point que l’ouvrage se conclut sur un index des personnages de quinze pages en paragraphes serrés.

Dit plus prosaïquement, j’ai l’impression qu’à l’instar des orateurs qui aiment s’écouter parler, David Weber est un auteur qui aime relire ce qu’il écrit; je peux comprendre: c’est un défaut que j’ai également, à mon bien moindre niveau. Le problème est que ça flingue un peu la narration. C’est clair qu’à ce niveau – Mission of Honor est le douzième chapitre de la série, sans compter les projets annexes – le non-fan aura depuis longtemps décroché, mais ça gâche un peu le plaisir.

D’autant plus que le contenu de l’ouvrage est tout sauf inintéressant: révélations, coups d’éclat et retournements foisonnent. Sans vouloir trop en dire, Mission of Honor marque clairement un tournant dans l’histoire – un tournant un peu prévisible, mais David Weber aime bien jouer avec les fausses pistes, ce qui fait que pour attendue qu’elle ait été, la conclusion reste une sorte de surprise. On se doutait que ça devait arriver, juste pas quand.

En fait, je me dis que les romans de Weber pourraient faire un parfait prototype pour un nouveau type d’écriture, qui se concentrerait sur l’essentiel – la trame et la narration – et proposerait en annexe le remplissage, à savoir les compte-rendus des discussions secrètes, les plans de bataille, les descriptions de style infodump sur telle planète, telle nation, tel personnage, etc. Ce serait d’autant plus malin qu’il existe déjà un wiki du Honorverse très bien achalandé et que Baen Books, malgré le fait qu’ils ont un site qui m’aurait fait honte il y a dix ans déjà, est un éditeur assez malin sur la diffusion de ses ouvrages sur Internet.

Cela dit, plutôt que de recommander la lecture de Mission of Honor, je vous recommande plutôt de lire toute la saga, si ce n’est pas déjà fait. De toute façon, si vous l’avez lue jusqu’ici, vous le lirez. C’est du gros space-opera qui tache, façon E.E. “Doc” Smith, mais traitée de façon moderne, raisonnablement intelligente et, comme mentionné, avec un vrai gros univers bien bigarré et bien complexe derrière.

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